CHAPITRE III. 28o
Presque tons les interprètes ont signalé en cet endroit un pluriel appelé emphatique. La version des Septante , la version syriaque confirment ce sentiment. C'est ainsi qu'au chapitre xxx d'isaïe, verset 20, le mot ïjl"na, doctores tui, doit être traduit par le singulier, et le verbe dont le mot doctores est le sujet se trouve en effet au singulier : Non elongabitur doctores tiii. Il s'agit, dans ce passage d'isaïe, du Docteur par excellence, comme il s'agit dans notre psaume du Patient par excellence, c'est-à-dire du Christ. De même que le Christ est le docteur, le roi par excellence, Ecce rex regnabit (1); de même il est le blessé, le transpercé, la victime dont toutes les autres n'étaient que la figure. Il est écrit dans la Genèse (2) que le serpent cherchera à blesser le talon de celle dont doit naitre le Messie, ou plutôt le Messie lui-même. L'enfer a persécuté David et les prophètes. Enfin nous reconnaissons dans le blessé de notre psaume celui que David nous représente au psaume xxi, ayant les pieds et les mains^ percés. Tout en admettant qu'on peut traduire la seconde partie du verset 27 par : De dolore confossorum tiiorum narrant, ou, ad dolorem confossorum tuorum annumerant, Rosenmûller convient que beaucoup d'interprètes traduisent ainsi : Gravitatem vulnerum quitus tu vulneraveras me, aliis cum voluptate narrant (3). C'est le sentiment de l'hébraïsant J. Deschamps, qui traduit : Vulnerum quibus me vulneraveras. Le texte hébreu porte, dit Bellarniin : Et super dolorem vulnerum tuorum narraverunt, ou numeraverunt. La seule difficulté retombe sur tuorum. Mais, ajoute le savant cardinal, le sens n'est pas changé. Ces blessures peuvent être appelées par le Christ parlant à son Père
(1) Isa., xxxii, 1.
(,2}IGen., III, 13.
(3) Rosenmûller, in psalm. lxix.
mieniies ou vôtres; miennes, parce que je les endure; vôtres, parce que vous me les faites endurer.
Ecoutons l'admirable commentaire que fait Bossuet de ces paroles, qu'il rapproche de celles de Zacharie : His plagatus sum.
« Ils m'ont mis une couronne d'épines ; voilà le sang qui en coule : His plagatus sum; mais ils l'ont enfoncée par des coups de canne : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt. Ils m'ont dépouillé de mes vêtements pour me déchirer de coups de fouet : Bis plagatus sum; mais ils m'ont remis mes habits, et, me les ôtant de nouveau pour m'attacher à la croix, ils ont rouvert toutes mes blessures : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt. Ils ont percé mes mains et mes pieds, et, ayant épuisé mes veines de sang, la sécheresse de mes entrailles me causait une soif qui me dévorait la poitrine : His plagatus sum; mais lorsque je leur ai demandé à boire avec un grand cri, ils m'ont abreuvé en ma soif de fiel et de vinaigre : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt (1). »
28. « Laissez-les accumuler iniquités sur iniquités : qu'ils n'aient jamais part à votre clémence. »
Rosenmûller fait en quelques lignes un notable commentaire sur ce verset, qu'il traduit ainsi de l'hébreu : Da culpam super culpam eorum; laissez-les accumuler les péchés, en tombant d'une faute dans une autre, et qu'ainsi ils se hâtent vers les châtiments qui les attendent. Nec veniant in justitiam tuam; qu'ils n'obtiennent jamais cette grâce par laquelle vous absolvez les pécheurs de leur peine. Qu'ils remplissent, ajoute Bellarmin, faisant allusion à un passage de l'Évangile (2), qu'ils remplis-
(1) Bossuet, Fragment d'un panégyrique de saint Gorgon.
(2) Mallh., XXIII, 32, 35.