‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 192 sur 291 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

divine. Les pieds et les mains de la victime seront transpercés (vers. 17); ses vêtements seront tirés au sort et partag"és (vers. 19) ; il est impossible de voir quelque chose de fortuit dans ces traits prophétiques. Ce n'est point là la forme ordinaire de la plainte humaine, et puisque David a peint ainsi dans le détail la passion du Christ et reproduit ses traits les phis vifs, on ne peut douter qu'il n'ait prophétisé le Christ dans son psaume.

Un fait étonnant et qui a été remarqué, c'est que la victime, dont le psaume peint les tourments, déclare que ce qu'elle soutfre lui est infligé moins par la malice de ses ennemis que par la volonté de Dieu : c'est la justice de Dieu qui réclame l'expiation. Au verset 16, Dieu est positivement signalé comme l'agent qui réduit la victime à la poussière de la mort.

Remarquons encore que la victime déclare ne point expier ses propres fautes, car depuis sa jeunesse elle a vécu dans la piété et la confiance en Dieu (v. 10 et 11). Remarquons enfin que, suivantladoctrinede notre psaume, Jéhovalî, qui frappe l'innocence, n'a point cessé d'êlre juste. « Les générations futures annonceront sa justice et les peuples diront : C'est le Seigneur qui a fait toutes ces choses ». C'est lorsqu'on annoncera aux peuples l'histoire de cette victime que ceux-ci proclameront sa sagesse , sa grandeur et sa bonté.

On voit en effet par Isaïe (1) que les douleurs du Messie sont acceptées de Dieu, comme une heureuse satisfaction. ^Suivant Zacharie (2), c'est Dieu lui-même qui frappe du glaive le Messie. On voit enfin dans les Actes

(1) Isa., LUI, 19.

(2) Zach., XIII, 7.

des apôtres (1) que le sacrifice douloureux de la passion s'accomplit par le conseil de Dieu et par sa providence. Dieu avait décidé que l'innocent souffrirait pour le coupable , et c'était pour annoncer ce dessein qu'il avait autrefois commandé le sacrifice d'Isaac. C'est pour cela encore qu'il fit de David , figure du Messie, à la fois un des plus pieux et des plus persécutés des rois.

Il suffirait, pour se convaincre du caractère messianique du psaume xxi, de lire l'histoire de la passion de Notre- Seigneur Jésus -Christ dans le Nouveau Testament. Le psaume est pour ainsi dire le programme de la divine tragédie dont l'Évangile raconte l'exécution. Ce sont bien les douleurs, les angoisses du Crucifié, que la poésie sacrée du psaume retrace aux versets 15-18. La tension et la dislocation des membres, le sang qui s'écoule^ la langue qui se dessèche au milieu d'une soif ardente et qui se colle au palais , la foule qui insulte , les épigrammes cyniques, comparées aux morsures des chiens, les mains et les pieds percés ; tous ces traits forment tableau, et l'histoire du Christ les reproduit. Le Christ sur la croix s'est écrié: J'ai soif (2). Saint Matthieu parle de ces passants cruels, de ces spectateurs sans entrailles qui hochent la tète et injurient (3) : c'est l'accomplissement du verset 8 du psaume. Que le Dieu, dans lequel il a espéré, le sauve, disent les Juifs, d'après saint Matthieu (4) : c'est la reproduction du verset 9. Qu'on tire la robe du Christ au sort : c'est la réalisation du verset 19. « Seigneur, Seigneur, pourquoi m'avez-vous abandonné ! » s'écrie Jésus sur la croix : ces paroles sont celles du premier verset du psaume.

(1) Act.,n,23.

(2) Joan., XIX, 28.

(3) MaUh., XXVII, 39.

(4) Mallh., xxvii, 43.

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