CHAPITRE III
Saint Paul, dans son'épitre aux Hébreux (1), cite le verset 23 et le place dans la bouche du Christ. Il s'en sert pour prouver que le Christ daigne appeler frères ceux qu'il a sanctifiés. Nul autre psaume, pensons-nous, ne réunit à un aussi haut degré et en aussi grand nombre les faits et les traits messianiques.
Tous les Pères de l'Église ont reconnu dans ce chant de David une éclatante prophétie (2), et Théodore de Mopsueste fut condamné pour ne pas avoir confessé assez explicitement cette vérité (3).
Les Juifs eux-mêmes ont autrefois regardé ce psaume comme messianique , et ce n'est point sans vraisemblance qu'un grand nombre de commentateurs ont vu dans ces mots du titre : Sur la hiche du malin, une désignation du Messie comparé à la biche poursuivie par des chasseurs cruels et des chiens dévorants. Il est certain que la Synagogue a jadis appliqué le psaume xxi au Christ souffrant. C'est en vain que Kimchi e' Alsched se sont efforcés de substituer à l'ancienne tradition une explication fausse et embarrassée. Au lieu de voir dans cette victime une per-
(1) Ad Hebr., ii, 11 et seq.
(2) Licet, dit saint Thomas {loc. cit.), figiiraliter hic psalmus dicatur de David, tamen specialiter ad litterain refertur ad Christum... In hoc psalmo principaliter agitur de passione, secundo tangiliir in eo de resurrectione. — La Somme des Conciles résume le sentiment des Pères dans ces mots : Totus Psalmus magis historiam Passionis Chrisii sonat quam prophetiiun. (Bail., Sum. Conc, t. 1, praef.)
(3) Théodore de Mopsueste, au quatrième siècle, éludait la prophétie contenue dans ces mots : Super veston meam miseriint sortem, en disant que ce malheur était arrivé à David lorsque Absalom pilla sa maison et se saisit de ses vêlements, et que l'Évangéliste en fait l'application à Jésus-Christ à l'occasion du partage de ses habits. Il soutenait que cet autre passage: Foderunt manus mcas, s'entend ligurément de Tapplication des ennemis de David à fouiller (creuser) sa conduite ; mais que l'Évangéliste a'pris occasion de les attribuer à Jésus-Christ, parce qu'on lui perça réellement les mains et les pieds.
sonne, une individualité, ils se sont attachés à n'y reconnaître que le symbole d'un être collectif, celui d'Israël dans l'exil , et ils ont méconnu ainsi le caractère personnel et individuel dont l'empreinte est manifeste dans le psaume tout entier.
Les anciens protestants voyaient tous , dans notre psaume, une éclatante prophétie. Parmi les protestants modernes, plusieurs défendent encore ce sentiment. Nous citerons Dehtzsch, Stier, Meyer.
Les rationalistes , en refusant de reconnaître les paroles du Christ souffrant dans cellesde la victime du psaume xxi, ont été contraints à les défigurer. Le tableau perd dans leur froid commentaire ce qu'il a de dramatique et de touchant. Ce sont des abstractions. Selon eux, David ne peut parler à la fois de ses propres douleurs et de celles du Christ. Il y aurait dans le psaume, disent-ils, une personnalité flottante, un phénomène psychologique impossible. Rappelons seulement, pour répondre à cette faible objection, que David ne se séparait point du Christ dont il était la figure. Il lui avait été promis que le Messie-Roi sortirait de sa famille. Grâce à cette promesse fortement gravée dans son cœur, l'idéal messianique était toujours devant lui : c'était l'objet de ses chants, et il se voyait lui-même tantôt persécuté, tantôt triomphant dans le Messie qu'il attendait. Nous ne voyons dans cette préoccupation morale aucun fait psychologique impossible.
Commentaire du psaume.
Les explications que nous avons déjà données du psaume xxi aideront à comprendre le commentaire qui va suivre.