CHAPITRE m
baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisan ces? » Aussi n'est-ce point le reproche qu'expriment les versets que nous venons d'expliquer, mais de tendres gémissements accompagnés d'une pleine et parfaite obéissance (1).
12. « Ne demeurez pas ainsi loin de moi, car voici l'heure de l'angoisse. Personne n'est là pour me secourir. »
Il ne s'agit point ici d'une demande faite par le Messie d'échapper aux douleurs de l'expiation, mais d'un désir de voir terminer promptement l'horrible iniquité qui s'accomplissait. Et cette prière fut exaucée, comme nous l'apprend l'histoire de Jésus et comme le fait remarquer l'Épître aux Hébreux (2). La voix du Christ a été entendue du Père au jardin des Oliviers, lorsqu'un ange le fortifia, et on a remarqué avec raison que sa mort précéda celle des crucifiés ordinaires (3). On voit bien, par le verset 12, qu'il ne s'agissait pas pour la victime d'échapper au sacrifice ; mais de n'être pas entièrement abandonnée au milieu des angoisses de la mort, mort qu'elle ne repousse pas, qu'elle demande au contraire à subir sans retard avec la protection de Dieu. « Ce que tu prépares, fais-le vite, » avait dit le Christ à Judas.
13. c< Des taureaux furieux m'environnent; les taureaux de Basan m'entourent.
14. « Ils m'enferment en formant une haie de leurs cornes terribles. Le lion dévorant rugit. »
Basan est une contrée située an delà du Jourdain, jadis renommée par ses gras pâturages (4). Le psalmiste com^
(l)IIebr., V, 7, 8.
(2)Hebr., v, 7 et 9 : Exauditus estpro sua reverentia.
(3) Marc, xv, 44 et 45. — Joan., xix, 31-34.
(4) Deuteron., XXXII,' 14.
3i0 DAVID PROPHÈTE.
pare les ennemis acharnés du Christ à des taureaux puissants dont les beuglements ressemblent au rugissement du lion. Ces sortes de figures sont ordinaires à la sainte Écriture, et saint Paul a dit qu'à Éphèse il a combattu contre des bêtes féroces. De son côté, saint Ignace le martyr, dans sa lettre aux habitants de Tarse, dit qu'il avait été placé entre dix léopards, désignant ainsi les dix soldats farouches qui d'Antioche le conduisaient à Rome.
15. « Gomme l'eau, ma force s'est écoulée. Tous mes os se disloquent. Mon cœur est devenu comme la cire ; il se fond au milieu de mes entrailles.
16. « Mes muscles se sont desséchés comme l'argile d'un vase : ma langue se colle à mon palais, et c'est vous, ô mon Dieu, qui me réduisez à la poussière de la mort. »
Il est impossible d'exprimer dans un plus énergique et plus vrai langage les souffrances atroces du supplice de la croix. Aux accès d'une fièvre intense causée par le déchirement des muscles et la tension des membres, succède une faiblesse incomparable. Alors la force s'écoule vraiment comme l'eau. Toute l'énergie physique disparait; elle se fond goutte à goutte comme la cire. Les muscles ont perdu leur souplesse, et lorsque le sang s'est écoulé, leur rigidité semble au patient une sorte de dessiccation. Dans cet état il se sent épuisé et peut en effet s'écrier : « Mes muscles se sont desséchés comme l'argile d'un vase. »
On sait aussi que la fièvre qui s'empare du blessé amène une soif ardente. Le premier besoin que manifestent les victimes de la guerre, étendues sur le champ de bataille, est celui de la soif. Leur langue, comme dit le psalmiste, se colle à leur palais.
Nous avons déjà fait remarquer qu'au lieu de dire :