CHAPITRE III
Voilà l'état où m'ont réduit mes ennemis, le Christ s'écrie : Oui, c^esl vous, mon Dieu, au milieu des ardeurs fiévreuses qui me brûlent, qui me réduisez à la poussière de la mort. La justice divine dans ses éternels conseils avait en effet résolu une telle expiation. Le Christ le faisait observer à Pilate, lorsqu'il disait : « Vous n'auriez par vous-même aucune puissance sur moi si elle ne vous était donnée d'en haut : Non haberes potestaiem in me ullam, nisî tibi datum esset desuper (1). »
17. « Des chiens font la garde autour de moi : une vile populace me cerne de toutes parts. Ils ont percé mes pieds et mes mains. »
Ce verset, comme chacun sait, a été l'objet de vives polémiques. Son explication nous paraît cependant très simple et très facile. Il continue la peinture des douleurs et du supplice de la victime, dont les forces phyâques s'étaient épuisées comme l'eau qui s'écoule d'un vase. Le patient se voit entouré de chiens dévorants. On sait que les animaux de ce nom errent en troupes en Orient et sont souvent dangereux. D'après Strabon,ils dévoraient chez les Perses non seulement les cadavres humains , mais encore les malades et les vieillards, qu'on avait coutume de leur abandonner en pâture. Lorsqu'un homme était irrémédiablement frappé par la maladie, les Perses dajas différentes circonstances le vouaient à ces animaux qui étaient sacrés chez eux, chargés pour ainsi dire de l'ensevelir dans leurs entrailles. C'était d'une certaine manière l'office des chiens de faire disparaître le cadavre des pauvres gens abandonnés (2). Jérémie menace les Israé-
(1) Joan,, XIX, 11.
(2) Duncker, Hist. de VAntiq., '2« vol., p. 397. — Jerem,, xv, 3.
lites de devenir aussi la pâture des chiens. On sait que Jézabel fut mangée par ces bêtes voraces (1). Mais le psalmiste s'est servi ici d'une image, et il le fait entendre clairement dans la suite du verset. Les chiens dévorants qui entourent le supplicié sont les bandes d'hommes cruels , les malfaiteurs qui entourent la croix ; ils sont justement comparés aux chiens : ce sont les bourreaux qui ont percé les pieds et les mains de la victime. Car c'est ainsi qu'il faut traduire le, mot hébreu nN3, participe actif de li^D, comme l'affirment Procope et Stier, ou iind, texte primitif, comme le pensent Ewald et Delitzsch.
La Massore n'accepte point la traduction que Saadia a donnée du mot hébreu ^nd, traduction adoptée par plusieurs commentateurs juifs, et après eux par plusieurs commentateurs rationalistes. Elle repousse la traduction : comme un lion. Elle dit formellement : Il ne faut pas traduire, dans le psaume xxi, ni^^ de la même manière qu'au chapitre xxxviii (verset 13) d'Isaïe. En effet, la phrase traduite comme Saadia la fait manquerait de verbe : elle serait celle-»ci : comme un lion mes pieds et mes mains. Non seulement la Massore, mais tous les anciens interprètes blâment cette manière singulière de traduire ^nd. Plusieurs siècles avant Jésus- Christ, les Septante ont traduit tout simplement : Ils ont percé. « Était-ce pour favoriser les chrétiens, demande Bossuet, ou pour suivre la vérité du texte qu'ils avaient devant les yeux? » Disons plus : saint Justin oppose aux Juifs ce verset : Ils ont percé^ etc.; et, quoiqu'il ait accoutumé de leur reprocher leurs altérations, il ne leur en dit mot en ce lieu : marque certaine que de son temps, c'està-dire au deuxième siècle, cette altération n'avait pas encore
(1) lVReg.,ix, 30.