‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 198 sur 291 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

été commise et que les Juifs traduisaient comme nous et comme les Septante. J'en dis autant des saints Pères qui ont écrit après lui; et Aquila même, ce Juif perfide qui a fait sa version expressément pour contredire les chrétiens, a traduit non pas « comme un| lion », mais « ils ont déshonoré mes mains et mes pieds » : il a évité la traduction exacte, mais il a lu comme les Septante (1). »

Le paraphraste chaldéen seul a donné la traduction suivante : Ils mordent mes pieds et mes mains comme un lion; et l'on a observé avec raison qu'il introduisait dans le texte un mot qui ne s'y trouve pas, mordentes, et que de plus le sens n'était pas naturel. Le lion se jette sur sa proie et la dévore. Ce sont les entrailles et la tête de la victime qui assouvissent d'abord son appétit. Le mot nND ne peut être traduit que par un verbe. Sans vouloir entrer ici dans une dissertation philologique, où tout lecteur ne pourrait nous suivre, nous dirons que deux des plus habiles philologues de l'Allemagne , Ewald et Delitzsch, affirment que les anciens textes portaient "ilN^ et non nND, c'est-à-dire le verbe "IN3 à la troisième personne pluriel du parfait. "iNp et "iiD sont deux formes analogues ayant une même signification : percer, perforer. Toutefois, le mot tel qu'il se trouve aujourd'hui dans nos textes hébraïques peut être parfaitement maintenu, ainsi que le soutiennent à la fois Pococke, Stier, et les meilleurs philologues de notre époque. Us disent avec raison que ■'IND est le participe actif de INd , forme allongée de 113, L'abréviation de ni en "» est assez générale pour ne causer aucun embarras. Ainsi la traduction fodientes ou foderunt pedes meos et manus meas est la vraie traduction , la seule

(1) Bossuet, ExpUcat. littérale du ps. xxi, rem. prél. — Voir la savante Dissertation de dom Calmel sur le passage que nous expliquons.

acceptable ; et notre version française : Ils ont percé mes pieds et mes mains, est complètement justifiée (1).

Nous ne nous arrêtons point à prouver contre quelques érudits archéologues que les Juifs et les Romains clouaient à la croix le crucifié et ne se contentaient point de le lier (2). La tradition tout entière est ici très explicite. Le supplice de la croix existait encore du temps de TertuUien. Et celui-ci, en reproduisant le texte du verset 17 du psaume : Foderunt manus meas et pedes meos, fait cette réflexion : Quce propria est atrocitas crucis; le percement des pieds et des mains constituait la rigueur la plus cruelle du supplice. C'est, comme on sait, Constantin le Grand qui abolit la peine de la croix , ainsi qu'on le voit dans le bréviaire romain (3 mai, 2° Nocturne, Leçon 6*"). Sainte Hélène, ayant retrouvé la croix du Christ , recueillit pieusement les clous qui avaient transpercé les pieds et les mains de Notre Seigneur. On sait par l'Évangile que le Christ voulut constater son identité en montrant à ses disciples ses pieds et ses mains et en leur disant : Palpate et videte. Saint Thomas vit de ses yeux les cicatrices, ou plutôt les cavités qu'avaient laissées les plaies aux mains et aux pieds (3). Il parait certain, et on pourrait au besoin s'en convaincre, en rapprochant le texte des Évangiles de ceux des Actes des apôtres et de l'Épitre aux Corinthiens (4), que dans l'opération du crucifiement on commençait par lier les pieds et les mains avec des cordes et on les fixait ensuite avec des clous. Ces deux manières d'attacher la victime étaient successives et n'avaient lieu que lorsque la croix était

(1) Voir Bohl, Psalmen.

(2) Voyez Hengstenberg, Psalmen, et D. Calmet, Dissert, de supplicio Script. '

(3) Joan., XX, 25-27.

(4) I Cor., I, 23.

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