CHAPITRE III
suivi de plus près, menacé de se voir livré aux mains de Salil par les habitants de Kégila, sauvés pourtant par lui d'une attaque des Philistins , il chercha un refuge dans la montagne boisée de Ziph , espèce de forêt difficile à fouiller. C'est là que Jonathas revit encore une fois David et renouvela le pacte d'alliance avec lui (1). David faillit être pris tout près de là, au désert de Maon.
Les habitants de la petite ville qui avait donné son nom au désert s'étaient abouchés avec Saûl et étaient convenus de livrer le fugitif et ses compagnons. David était dans la nécessité de faire vivre sa bande : de là les irritations des habitants contraints à fournir des subsides. Saul conduisit un fort corps de troupes à Maon. David côtoyait la montagne d'un côté pendant que les gens de Saûl manœuvraient de l'autre pour l'entourer. Le fils d'Isaï allait être pris, lorsqu'un corps de Philistins parut et força Saûl à aller à leur rencontre (2). Ce sont ces traits d'une Providence protectrice que David célébrait dans ses psaumes.
Il fallut fuir plus loin, jusque dans le voisinage de la mer Morte, à Engaddi, car David ne pouvait ni ne voulait rien entreprendre d'offensif contre Saûl. C'est dans les montagnes d'Engaddi, fortifiées par la nature, que Saûl, s'étant écarté de sa petite armée, forte de trois mille
(1^ I Reg., XXII, 5-7; XXIII, 1-18. La forêt dont il est ici question est probablement l'un de ces fourrés de chênes verts qui couvrent encore aujourd'hui plusieurs montagnes du voisinage, et qui autrefois pouvaient être plus considérables et plus étendus. (Guérin, Description de la Judée, 1869, p. 160.) Entre Ziph et Carmelia est un lieu nommé Jésimon, c'est-àdire désert. La ville de Ziph n'était qu'à deux lieues et demie d'Hébron. Le désert de Maon et celui de Bersabée s'étendent au sud de celui de Ziph. Tous ces lieux étaient habités autrefois par des lions, des ours et des chamois. « Je n'y ai pas trouvé un seul être animé, » dit M?*" Mislin. [Les Saints Lieux, t. III, p. 75.)
(2) I Reg., XXIII, 19-28.
hommes, tomba inopinément, pendant l'heure qu'il donnait au sommeil, entre les mains de la troupe de David. Saisi de respect pour l'oint du Seigneur, David réussit par son ascendant à arrêter ses ardents compagnons prêts à profiter d'une si favorable occasion; et, s'avançant seul, il se contenta de couper une frange du manteau royal (1).
Ce fut là un beau trait de la vie du fils d'Isaï, et cet acte de générosité de David arracha à son implacable ennemi une parole qui valait mieux pour lui et pour sa cause que la mort même de Saiil. Au moment où le roi sortait seul de la caverne occupée par les amis de David et gravissait la montagne pour rejoindre ses gens, le fils d'Isaï le suivit : il l'appela et lui montra la frange du manteau royal, frange que David avait coupée avec plus de peine qu'il n'en eût fallu assurément pour trancher la vie du roi persécuteur. Saûl, ému jusqu'aux larmes, s'écria : « David est meilleur que moi (2) ! »
Le fugitif erra encore longtemps, changeant sans cesse de retraite, dans les déserts de Juda, inquiet et dans le plus grand dénuement. Lui et ses gens se contentaient de dons volontaires, qu'il était d'ailleurs, il faut le reconnaître, périlleux de refuser à une bande armée et affamée. La troupe de David prenait à tâche de dédommager les habitants des pays où elle vivait en leur rendant tous les services qui étaient en son pouvoir. Les bergers qui conduisaient leurs troupeaux dans des pâturages peu distants des Philistins , étaient exposés aux razzias de ces Bédouins. David et sa troupe protégeaient leurs compatriotes et leur procuraient la sécurité. « Ces genslà, disaient les bergers de Nabal, sont très bons pour
(1) I Reg., XXIV, 1-8.
(2) I Reg., XXIV, 18.