J'acquitterai mes vœux devant ceux qui vous craignent
27. « Les humbles mangeront et seront rassasiés. Ils loueront Jéhovah, ceux qui le cherchent. Ils vivront à jamais. »
Le psalmiste fait allusion, dans ces deux derniers versets, à ce qui s'observait chez les Juifs après les sacrifices so-
(1) Bossuet, loc. cit.
lennels d'actions de grâces : on invitait ses parents, ses amis, les pauvres, les lévites, et on leur donnait un festin de réjouissance avec ce qui restait des victimes du sacrifice (1). On peut en ce sens entendre ces versets du roiprophète lui-même : il promet de monter, après sa délivrance, au tabernacle du Seigneur, pour lui rendre ses vœux et lui offrir des victimes dont les pauvres bénéficieront. Ainsi l'ont entendu plusieurs commentateurs (2), et parmi eux dom Calmet.
Mais les Pères se sont élevés plus haut (3) ; suivant eux la nourriture des pauvres, dont parle ici le psalmiste, consiste dans le pain spirituel de la doctrine et les grâces sacramentelles. C'est sous l'image du pain, du breuvage, que le Christ a aimé à exprimer les lumières et les grâces qu'il apportait au monde. Le royaume des cieux est comparé dans l'Évangile à un repas de noces; son Église est une salle de festin où tout est préparé. La grâce est une source d'eau vive. Celui qui mange de ce pain spirituel n'aura plus faim, et celui qui boit de cette eau n'aura plus soif (4). Le bonheur qu'apporte à l'âme l'accomplissement de la volonté de Dieu est comparé â une nourriture (5). C'est enfin sous les espèces ou apparences du pain et du vin que le Christ a établi la communion à son corps et à son sang dans l'adorable Eucharistie.
Les chrétiens fidèles sont comparés à des pauvres ayant faim et soif. Touchante image , qui rappelle les humbles commencements de TÉghsc! L'indigence des premiers chrétiens figure l'âme humble et pieuse altérée de jus-
(1) Deuler., xii, 7, 12; xiv, 23 ;xvi, 10, 11 ; xxvii, 11.
(2) Jansen, Gandavus, etc.
(3) Theodoret., Augustin., Hieronym.
(4) Joan., VI, 35.
(5) Joan., IV, 35. — Matth., iv, 4; viii, 11, — Apocal., vu, 17, etc.
tice et soupirant au milieu des duretés de la vie présente après les rafraîchissements et les joies de l'éternité.
28. « Les peuples des extrémités de la terre se souviendront de Jéhovali et se convertiront à lui. Les familles des nations s'inclineront en votre présence, Seigneur.
29. c( Car à Jéhovah appartient la royauté, et il règne sur les nations. »
Les espérances messianiques , que l'on retrouve si souvent au milieu des psaumes et dans les livres des prophètes, sont ici formulées avec une grande force et une grande clarté. Elles se résument dans la conversion des nations. Le verset 28 rappelle tout particulièrement le psaume lxxi, du verset 9 au verset 11, et les nombreux passages d'Isaïe relatifs à la conversion des Gentils (1). « Cette conversion est annoncée dans le même psaume qui prophétise la passion du Christ , et à la suite de la prophétie, parce qu'en effet la conversion de la gentilité à la connaissance du vrai Dieu est le fruit et la conséquence de la mort de Jésus-Christ. De sorte qu'il se trouve que notre psaume contient la confirmation de cette parole du Sauveur : Quand j'aurai été élevé de terre, c'est-à-dire crucifié, j'attirerai tout à moi.
« 11 est admirable que David non seulement ait vu des choses si éloignées, mais encore qu'il les ait vues dans l'ordre qu'elles devaient arriver. Car il a vu premièrement le crucifié avec ses mains et ses pieds percés , ses os comptés, ses habits partagés; ensuite il Ta vu ressusciter et annoncer le nom de Dieu à ses frères, à com-
(1) Isa., II, 2, 4 ; XLii, 6; XLix, 6; LU, 15, etc. — Tob., xiv.