CHAPITRE IV
chant de David à tous les psaumes indistinctement. David, disent-ils, a été le psalmiste par excellence et dans la gloire du créateur de ces hymnes lyriques se sont souvent perdus les noms des auteurs divers du psautier.
Le texte des Actes est beaucoup trop net et trop précis pour se prêter à une interprétation de cette sorte. C'est bien le roi David que le livre sacré désigne, et les appositions, dont le nom est précédé et suivi, ne laissent ici aucun doute : « Seigneur qui avez dit par la bouche de NOTRE PÈRE David, votre serviteur : Qui Spirilu sanctoper ospatris nostri David, pueri tui^ dixisti : Quare fremuerunt gentes... »
Paulus et Ewald ont prétendu que le psaume ii avait Salomon pour auteur. Mais on leur fait observer avec raison que le règne de ce prince a été favorisé d'une paix constante, et que le psaume a eu nécessairement pour occasion des soulèvements et des guerres. D'ailleurs, Salomon n'a pas été sacré à Jérusalem, mais au bord du Gihon, situé à l'ouest de Jérusalem. Meier a cherché dans le règne d'Osias, et Maurer, dans le règne d'Ézéchias, les agitations et les coalitions dont parle le psaume ii : leurs recherches les ont conduits à attribuer ce dernier soit à des contemporains de ces rois, soit à Ézéchias lui-même. Il n'est pas nécessaire d'aller chercher si loin. Le règne de David fut plus d'une fois troublé par les soulève-; ments et par les révoltes à l'intérieur et à l'extérieur du royaume : et l'on peut même dire que l'esprit de rébellion inquiéta ce prince jusqu'à la fin. Dès lors pourquoi David ne serait-il pas l'auteur de ce psaume? Qu'il soit de ce prince, dit Rosenmiiller, c'est l'ancienne opinion qui a duré jusqu'au temps des apôtres. S'appuyant sur elle, les interprètes juifs plus récents ont pensé qu'il a été chanté après la prise de la forteresse de Sion, et au
moment de la déclaration de guerre des Jébuséens. « Ce psaume , dit Jarchi , regarde le Messie ; mais à la lettre il faut l'applicjuer à David récemment sacré et attaqué par les Philistins (1). »
De nombreuses considérations confirment notre interprétation du texte des Actes des apôtres. Est-il à supposer que le premier psaume d'un recueil, qui porte le nom de David, n'appartienne pas à ce roi? Car notre psaume est en réalité le premier, puisque celui qui le précède n'est qu'une sorte d'introduction (2) .
En second lieu, David n'est-il pas ce monarque que le Seigneur déclare (verset 6) avoir établi lui-môme à Sion? Il avait avec l'aide de Dieu conquis la colline ; le premier il y avait été salué roi : et qui mieux que David pouvait légitimement se prévaloir de cette faveur du Seigneur?
En troisième lieu, le verset 7, qui dans son sens le plus élevé s'applique au Messie, comme nous le verrons plus tard, convient éminemment à David.
Au psaume lxxxviii, verset 27, il est dit que David appellera Jéhovah son père, et au verset 28 le Seigneur le considère comme son premier-né. Les rapports intimes de David avec Dieu , son titre de premier roi de la dynastie d'où devait sortir le Christ, permettait au fils d'Isaï de s'appeler fils de Dieu et fils premier-né. Enfin , il existe entre le psaume cix et le psaume ii , quant
(1) Rosenmuller, Scholia in Psal. ii. — II Reg., v, 17, '20.
(2) Ce psaume, qui est maintenant le second, était autrefois le premier ; on trouve encore des bibles hébraïques qui lui assignent celte place. Des exemplaires grecs des Actes des apôtres portent, au témoignage de saint Jérôme, de Bède et de saint Hilaire, ces mots : èv t(J> ij^aXjxqi tw jrptùTô). Saint Jérôme dit que ce psaume ne faisait qu'un avec le premier [Prœf. in Psalt.). Origène témoigne qu'ayant consulté deux exemplaires hébraïques des psaumes, il y en avait un qui joignait le 2« au !«'. L'autre les séparait. (Rosenmiiller, loc. cit.) Suivant saint Thomas, ce fut l'opinion de Gamaliel que ce psaume et le premier n'en font qu'un seul.