CHAPITRE IV
au fond et à la forme , une analogie frappante. Or le psaume cix, d'après le sentiment de tous les commentateurs, appartient à David.
Ce chant de David est-il messianique ?
Le psaume ii est souvent cité dans le Nouveau Testament et constamment appliqué à Jésus-Christ.
D'après les Actes (1), la ligue prédite dans les deux premiers versets de notre psaume, prophétisait l'alliance haineuse des Juifs et des Gentils, et les persécutions contre Jésus-Christ et son Église. Dans l'Épltre aux Hébreux, les psaumes ii et cix sont placés au même rang quant à leur valeur messianique. Le premier témoigne de la filiation divine de Jésus, filiation qui l'élève si haut audessus des anges ; le second témoigne de l'éternel sacerdoce de Melchisédech. C'est saint Paul qui se charge luimême de montrer le sens élevé qui s'attache à ces mots du verset 7 : « Vous êtes mon fils, aujourd'hui je vous ai engendré : Dominus dixit ad me : ^lius meus es tù, ego hodie genui le. » Il nous dit dans les Actes (2), et il nous laisse entrevoir dans l'Épître aux Romains (3), ce qu'il faut entendre par hodie : aujourd'hui. C'est le jour qui doit être constamment présent à l'esprit du chrétien et qui ne peut s'appeler ni hier ni demain, parce que le temps n'existe pas pour Dieu, le jour dont le point initial est la résurrection de Jésus, sortant victorieux du tombeau et entrant comme par une seconde naissance du sein de la mort dans la vie glorieuse, le jour que l'Église appelle dies regalis et où commence le règne immortel du Christ. Ce jour initial est pour David la consécration de toute sa race en sa personne sur la cime de Sion, conseil) Act.,iv, 25-28.
(2) Act., XIII, 33.
(3) Rom., I, 4.
cration définitive et pour toujours, figure de la royauté éternelle du Christ ressuscité.
C'est par les noms qui se trouvent dans notre psaume que le Sauveur était désigné parmi les Juifs au temps de Jésus. On l'appelait rOint, c'est-à-dire le Messie (XpidToç), fils de Dieu (uîo? xou S&oZ) (i ). Daniel avait aussi appelé le Messie de ces noms (2), qui alternaient avec celui de fils de l'homme (3). Dans l'Apocalypse (4) le Christ apparaît avec les mêmes caractères que lui donne le psaume ii, gouvernant les nations rebelles avec une verge de fer^ Troijxai'vtov Ta eôvy, Iv ^àêSw atÔTipa. La mission du Christ devient pour les rebelles une mission déjuge sévère. Les tendres appels sont suivis de la justice inexorable du dernier jugement ; et c'est de ce jugement que parle notre psaume.
De Wette affirme que la rigoureuse justice de l'oint du Seigneur ne convient point au doux Messie de l'Évangile . C'est là une erreur contraire à l'Évangile lui-même et au Nouveau Testament tout entier. Jésus a déclaré plusieurs fois que la houlette miséricordieuse du pasteur se changerait, au jour du jugement, en un sceptre de fer (5). Le second avènement du Christ sera inauguré par le jugement général, jour de terreur où, comme dit l'Apocalypse (6), éclatera la colère de V Agneau. Alors les actes d'hostilité contre le Christ et son Église, actes inspirés par la lâcheté des uns et la malice des autres, seront jugés et punis. Les sanctions des lois morales, règles de la vie, seront appliquées à chacun selon ses œuvres. Ni les
(1) Joan., 1,50.— Matth., xxvi, 63.
(2) Daniel., ix, 25.
(3) Psal., VIII, 5. — Daniel., VII, 13.
(4) Apoc, XIX, 15; XII, 5.
(5) Matth., XXIV, 50 et seq; xxi, M. — Luc.,xix, 27.
(6) Apoc, VI, 17.