CHAPITRE IV
actes de vertu ni les fautes inexpiées ne demeureront dans l'ombre ou l'oubli.
L'Église a compris ces véritésc lorsqu'elle a mis dans sa liturgie cette strophe de la prose des morts :
Dies irse, dies illa Solvet saeclum in fa villa, Teste David eu m Sibylla.
Nous savons de science certaine que les Juifs, contemporains de Jésus-Christ, donnaient au psaume ii une signification messianique, comme l'attestent saint Matthieu (1) et saint Jean (2). Les anciens rabbins, plus fidèles que les modernes aux traditions de leurs pères, croyaient aussi qu'il fallait appliquer le psaume au Messie. Gaon, le rabbin Hadarsam, Jarchi, Kimchi et Aben-Esra n'hésitent pas à l'avouer, bien qu'ils expriment leur propre sentiment avec quelque timidité (3). « Si on applique, dit Aben-Esra, le psaume ii au Messie , son explication devient beaucoup plus claire et plus facile que ». lorsqu'on l'applique à d'autres. » Le Talmud et la paraphrase du texte chaldéen sont beaucoup plus explicites. On y lit ces paroles significatives : « Les tyrans de la terre se sont soulevés et les puissances se sont coalisées pour s'éloigner de Dieu, pour combattre son Messie. »
Ainsi, pendant plus de mille ans, les ennemis mêmes de Jésus-Christ ont témoigné du caractère messianique du psaume ii, et ils se sont contentés d'éluder les conséquences de leur aveu, en niant que Jésus eût rempli
(1) Matth., XXVI, 63.
(2) Joan., I, 49.
(3) Hic psalmus de Davide agit, aut de Messia (Aben-Esra). — In hoc psalmo, recenset auctor res dierum Messiae (Gaon). — Siint qui hune psalmum de Gog et Magog interprelantur, estque unctus rex Messias, atque ila exposuerunt doetores nostri bealee rnemoriae ; estque psalmus, hoc modo, explicatus, perspicuus (Kimchi). — Cette opinion universelle des anciens rabbins est avouée même par les modernes.
les conditions de l'oint du Seigneur. Ils ne parlent ainsi aujourd'hui que par haine du Christ et de sa religion. « A cause des chrétiens, dit le rabbin Salomon, nous entendons ce psaume de David : Nos ob adversam Religionem de David interpretahimur (1). »
Quant aux Pères de l'Église, soit grecs, soit latins, ils sont unanimes : saint Basile (2), saint Grégoire de Nysse (3), saint Athanase {4), etc., se réunissent à saint Jérôme pour déclarer que ce serait une impiété de donner au psaume ii une autre interprétation que celle de saint Pierre dans les Actes des apôtres : Audacis est hune psalmum interpretari velle, post Pelrum, imo de eo sentire aliud quam in Actibus Apostolorum dixe7nt Petrus (5).
Les commentateurs chrétiens , catholiques et protestants, ne pensent point autrement. Ils ne diffèrent que dans la question de savoir si le psaume s'applique à la fois à David et au Messie, ou bien au Messie exclusivement. D'après Bossuet, le psaume ii se rapporte tantôt à David, tantôt au Christ (6). Lyra, Grotius l'appliquent à la fois à David et au Messie. Les protestants, qui n'ont pas rejeté toute foi aux miracles, aux prophéties, à la divinité de Jésus-Christ, admettent comme nous le caractère messianique du psaume. Nous citerons Michaelis, Hengstenberg, Tholuck, Stier, Delitzsch.
(1) Doctores nostri, écrit à son tour Jarchi, hune psalmun exposuerunt de Rege Messia, sed ad sensum litteralem, et ut occurratur haereticis (christianis), expedit eiim de Davide ipso interpretari.
(2) Contra Eunom., lib. II.
(3) Contra Eunom., orat. 3.
(4) Contra Arion., orat. 3.
(5) Hieron., Breviarium in psalm. II.
(6) Hœc quidem utcumque Davidi congruunt, sed melius Christo (Bossuet, psal. II). — Nous tenons pour la méthode des Pères, dit D. Calmet, sans toutefois condamner absolument ceux qui adaptent à David quelques passages de ce psaume.