CHAPITRE IV
L'Ange de l'école résume le sentiment de tous les auteurs sur lesquels nous appuyons le nôtre, dans ces paroles remarquables : « Ce psaume, dit-il, est de David, parce qu'il a été composé par lui, et qu'il considère son règne comme la figure du règne du Christ... Les ennemis dont il retrace les machinations et les attaques sont les enne*mis du trône de David et de l'empire de Jésus-Christ (1). »
Commentaire du psaume.
1. « Pourquoi les nations s'agitent-elles, et les peivples méditent-ils de vains complots ?
2. « Les rois de la terre se sont levés, et les princes se consultent pour combattre Jéhovah et son Christ.
3. « Brisons leurs chaînes; débarrassons-nous de leurs liens. »
Le verbe hébreu ^^5"], que la Vulgate a traduit par fremuerunt, offre à l'esprit l'image des vagues agitées et bruyantes de la mer en courroux; et ^5^;^ meditati sunt, peint bien de ténébreux complots ourdis dans la profondeur de la haine. Ce dernier mot signifie non seulement meditari^ mais aussi clamare, rugire. Le résultat de tant de mouvements sera absolument vain. Tout ce qui contredit la volonté de Dieu est impuissant à suspendre l'effet de ses décrets.
Nous rappelons que les apôtres ont appliqué ces versets aux Juifs et en général aux persécuteurs de leur temps . La synagogue avait été transportée de colère à la nouvelle de la guérison miraculeuse opérée sur un boiteux par une parole de saint Pierre ; mais, dans la crainte du peuple enthousiasmé, elle avait dû contenir les effets de
(l) D. Thom. Aquin., In psalm. Il Expositio.
son coiiiToux et, après des paroles de menace, renvoyer les apôtres sans les châtier. « Seigneur, s'écrièrent-ils après s'être rendus à l'assemblée des chrétiens. Seigneur, c'est vous qui avez fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qui existe; c'est vous qui avez dit par le Saint- Esprit inspirant votre serviteur David : Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples ont-ils médité de vains complots? Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Christ. Et véritablement Hérode et Ponce-Pilate se sont assemblés en cette cité, et les Gentils et le peuple d'Israël contre votre Saint, votre Fils Jésus, consacré par votre onction, pour empêcher ce que votre bras et votre conseil ont résolu de faire. Mais vous, Seigneur, conjurez leurs complots et leurs menaces; accordez à vos serviteurs de publier vos paroles en toute liberté, et d'opérer au nom de votre Fils Jésus des guérisons et des merveilles (1). »
Le verset 2 ridiculise cette fureur en appelant ceux qu'elle aveugle dans son paroxysme Rois de la terre, hommes vénérables et graves, aiavoi, D'»jî1i. L'agitation furieuse messied surtout aux vieillards. Ce verset fait pour ainsi dire tableau. Nous voyons les rois de la terre et les anciens qui se lèvent, s'agitent, s'assemblent, se consultent pour la guerre à livrer à Dieu et à son Christ. Nous entendons les paroles qui s'échappent, pendant le conciliabule, de leurs cœurs irrités et de leurs lèvres frémissantes : (( Brisons leurs chaînes ; débarrassons-nous de leurs liens. »
On a remarqué avec raison que les rois conjurés, dans le discours qu'ils tiennent, ne prononcent ni le nom de Dieu, ni celui de son Christ, comme s'ils craignaient de se dévoiler entre eux , dans des termes exprès , leurs se-
(1) Act., IV, 23 et seq.