CHAPITRE IV
crêtes et coupables pensées. C'est à Jéhovah qu'ils veulent faire la guerre, mais ils n'osent Tavouer ; ils se servent de ces mots vagues : ils, leurs. Quand l'impiété combat le Christ et l'Église, il est rare qu'elle confesse franchement ses desseins et qu'elle ne se serve pas de réticences et de fausses couleurs dans ses déclarations de guerre. Si elle osait proclamer que c'est au Jésus de l'Évangile qu'elle s'en prend, que c'est aux commandements de Dieu, aux obligations morales de la vertu qu'elle en veut, elle craindrait que le peuple ne la suivit pas. Aussi substitue- t-elle au vrai nom des choses des appellations équivoques et trompeuses. L'Église notre mère , on l'appelle tyran des consciences, théocratie envahissante, cléricalisme. Les liens d'un amour volontaire, qui nous unissent à elle, sont nommés des chaînes; le chrétien n'est plus lié à l'Église par le devoir et par l'affection : il est garrotté. C'est la tyrannie uniquement que l'on dit combattre, quand en réalité on s'attaque à Dieu , au Christ, à l'Église et à la vraie liberté qu'il a fondée.
Dieu avait proclamé sur le Sinaï une loi et des préceptes qui, par leur sainteté et leur pureté, contredisaient en beaucoup de points les cultes corrompus des nations voisines de la Palestine. La loi de Moïse était pour elles un reproche et un épouvantait. Les prérogatives d'Israël, sa royauté naissante et les espérances qui s'y rattachaient, tout cela était odieux aux Gentils. Ils semblent craindre d'avoir à compter non seulement avec la monarchie de Juda, mais encore avec sa religion; ils en font une théocratie tyrannique. Voilà, au sens littéral, ce que les princes ligués voulaient faire entendre par ces expressions : leurs chaînes y leurs liens. Jérémie (1) semble avoir eu en vue le
(1) Ibo igitur ad optimates... et ecce magis hi simul confregeruntjugum, ruperunt vincula. (Jerem., v, 5.)
verset 3 du psaume, et en avoir interprété la pensée dans le même sens que nous.
Il est facile de voir comment les trois premiers versets qui s'appliquent à David, s'appliquent aussi au Christ.
Au temps de Notre-Seigneur, les princes conjurés nous apparaissent sous les traits d'Hérode, de Pilate, de Tibère, du prince des prêtres et des chefs du pharisaïsme. D'eux aussi on peut dire : Convenerunt in unum. Ils étaient divisés par les intérêts et les jalousies, et voilà qu'ils se réconcilient et s'entendent pour persécuter le Christ : Et facti sunt amici Herodes et Pilatus, in ipsa die : nam antea inimici erant ad invicem (1). Tous s'écrient : Nolumus hune regnare super nos, paroles mises par Jésus- (^hrist dans la bouche des ennemis de son Père et des siens (2).
Pour dresser la liste des rois et des vénérables dont le verset 2 éveille l'idée et qu'il prophétise, il faudrait nommer ici tous les empereurs et rois persécuteurs mentionnés dans l'histoire de l'Église. La liste n'en est pas encore complète; elle s'accroit tous les jours; elle ne finira qu'aux tyrans prédits par saint Jean dans son Apocalypse (3) , et aux persécuteurs des derniers âges du monde. Par un effet admirable de la Providence, David a eu à subir des épreuves dont le caractère a été identique aux épreuves subies par le Christ et par son Église ; et les contemporains du psahniste auraient pu déjà se rendre compte des persécutions qui seraient dirigées contre le Messie et contre son œuvre.
(1) Hérode et Pilate devinrent amis ce jour-là même (le Vendredi-Saint), car ils se haïssaient auparavant. (Luc, xxiii, 12.)
(2) Luc, XIX, 14.
(3) Apocal., XX, 7, 9.