CHAPITRE IV
On sait que Luther, décidé à rompre l'unité catholique, s'appliquait à lui-même et répétait aux siens ces paroles : Dirumpamus vincula eorum et projiciamus a nobis jugum ipsorum.
4. (( Cekii qui trône dans les cieux se rit de leurs projets. Le Tout-Puissant se moque de ces insensés. »
Il est dans le génie des prophéties messianiques de mettre sans cesse en regard des persécutions des méchants contre le Christ, les victoires que celui-ci remporte contre eux ; et de même que l'Évangile et le Nouveau Testament tout entier mettent en présence la mort du Sauveur et sa résurrection, éléments essentiels de la rédemption, toutes les prophéties signalent le triomphe après la lutte. Plus est grand Teffort des méchants, plus éclatante aussi apparaît la victoire. Cette observation, qui montre l'unité de l'esprit prophétique, se justifie par un simple regard jeté sur les oracles divins que nous avons déjà expliqués. Le serpent mordra Eve au talon; mais Eve lui écrasera la tète, La prédiction de Balaam nous montre les chefs de Moab, les Iduméens et même les fils de Seth, révoltés contre le sceptre d'Israël et l étoile de Jacob ; mais le Messie, peint sous ces images, frappera les chefs de Moab, punira les fils de Seth , et l'Idumée deviendra son partage (1). Le prophète semblable à Moïse, que Dieu doit susciter du sein d'Israël, doit être méconnu et dédaigné; mais malheur à qui refusera de l'entendre ! Jéhovah lui même sera son vengeur (2). La prophétesse Anne ne cache point non plus que le Koi-Messie doit avoir des ennemis. Mais le Seigneur les jugera : le ciel fera éclater ses foudres et les méchants trembleront; car Jéhovah
(1) Num., XXIV, 17.
(2) Deuteron., XVIII, 18-19.
donnera à son Christ la puissance et un front entouré de l'auréole de la force et delà majesté (1). Isaïe, Daniel, ne parlent point autrement que David. L'Évangile, l'Apocalypse et l'apôtre saint Paul (2) reproduisent ces phases de combats et de victoires, d'humiliations et de triomphes, dont témoignent d'ailleurs la vie du Christ et l'histoire de son Église.
A la ligue des rois, c'est-à-dire à la plus redoutable des ligues, David oppose Jéhovah lui-même et les calmes dédains d'une ironie divine.
Le verset 4 constate et caractérise Fattitude que Dieu prend à l'égard du pécheur. Il ne veut point le violenter dans l'exercice de sa liberté. Il le laisse résister à l'action de sa grâce et aux cris delà conscience. Dieu devient pour ainsi dire passif; mais il observe et se tient prêt. Le méchant alors commet ses crimes, comptant sur l'impunité. Cette phase de l'histoire de l'iniquité et des entreprises contre Dieu, qui semble absent, est non seulement la plus douloureuse pour le juste, mais elle constitue le moment le plus dangereux de son épreuve. Il voit le mal se commettre, les lois morales et divines foulées aux pieds par l'ennemi qui triomphe. Il ne peut savoir ni les secours que Dieu prépare , ni le genre de châtiment dont le ciel va punir le crime (3). C'est, pour la vie de Jésus, le
(l)IReg.,ii,10.
(2) I Cor., I, 23, 24.
(3) Nous trouvons dans un poète païen les vers suivants, qui peignent à la fois l'attitude de Dieu^et les angoisses du juste au milieu de ses épreuves •
Prudens futuri temporis exittnn Caliginosa nocte premil Deus, Ridetque, si mortalis ultra Fas trépidât.
(Horat., Carm., III, 29.)