CHAPITRE IV
fant et surtout un enfant à la mamelle, c'est-à-dire un être chétif, dont la frêle existence inspire un mélange de crainte et de compassion, peut-il par lui-même, et s'il ne représente rien d'auguste et de grand par la destinée qui lui est promise, justifier le sentiment exalté du psalmiste? Comment un enfant ordinaire peut-il servir de boulevard et confondre des ennemis puissants? Évidemment l'enfant dont parle le psaume ne peut être rangé parmi les simples fils des hommes. Tout ce qu'on a dit pour expliquer l'éloquence de la voix, des cris des enfants, nous semble paradoxal ou fade; c'est un emprunt malheureux à la poésie sentimentale des temps modernes. Le psalmiste ne peut raisonnablement opposer à la rage ou aux vengeances d'un ennemi qu'un enfant héritier d'une grande puissance et dépositaire de titres solennels. Tout s'explique si le nouveau-né, que le psalmiste nous fait considérer aux bras de sa mère , est le fils de David , Salomon, Jedidja, r\^VV, dilectus Jehovœ. La vigueur, les cris même du robuste fils de David pouvaient dès les premiers instants exciter dans le cœur de son père les plus hautes espérances, exalter sa foi dans les promesses et la puissance de Dieu, et lui montrer dans l'avenir l'héritier de toutes les promesses qui lui avaient été faites. Les ennemis de la maison de David, qui avaient douté de l'amitié persévérante de Dieu à l'égard d'un roi adultère, pouvaient trouver dans la naissance de ce second fils une cause de confusion. David aurait une forte race ; le jeune Salomon en devenait le gage.
Mais on a le droit de s'élever plus haut. Cet enfant si beau, si remarquable, n'avait été créé tel que pour glorifier le Christ ; et les enfants de Jérusalem chantant Hosanna n'ont fait que continuer une louange qui
commençait d'une certaine manière au berceau de Salomon. Jésus-Christ vient d'arriver à Jérusalem. Il est entré dans le temple et il y a manifesté son zèle ardent pour la gloire de son Père, en renversant les tables des changeurs. On entend les voix aiguës des enfants, dominant de leur Hosanna les accents de reconnaissance des aveugles et des boiteux qu'il a guéris. Rien ne pouvait exciter davantage la haine des scribes et des pharisiens : a Entendez-vous, dirent-ils à Jésus, ce que crient ces enfants? — Sans doute, je les entends, répond le Sauveur ; mais n'avez- vous pas lu dans les Écritures : Vous avez tiré la louange de la bouche des enfants et des petits à la mamelle (1)? » Il ne cite pas le reste du verset; sans doute, disent les commentateurs, pour ne point enflammer ces esprits déjà si échauffés contre lui.
4. « Quand je vois votre ciel et l'œuvre de vos mains, la lune et les étoiles que vous avez suspendues, je me dis :
5. « Qu'est-ce que l'homme pour que vous vous souveniez de lui? Qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous preniez soin de lui? »
Dans les versets qui précèdent, David, dont la pensée et le regard s'étaient élevés vers le ciel, abaisse les yeux sur l'enfant, son fils, et il s'étonne qu'une créature si frêle soit dépositaire d'une si grande destinée. Quand je vois, dit-il, une nuit magnifique, le ciel étoile, l'astre des nuits dans son cours tranquille versant sur la terre sa douce et limpide lumière, je constate aisément la présence du Dieu qui préside à cette magnificence. Mais
(1) Matlh., XXI, 14-16.