CHAPITRE IV
comment reconnaître la puissance et la force de Dieu dans un pauvre enfant à la mamelle? Qu'est-il pour que Dieu s'en préoccupe et le fasse si grand? Les bergers et les rois Mages, adorant Jésus dans la crèche de Bethléem, sentirent aussi le contraste étrange de l'indigence et de la faiblesse qui frappaient leurs yeux avec le mystère des destinées du Messie naissant. Gomment Dieu a-t-il pu honorer à ce point notre faible et impuissante nature? Comment daigne-t-il nous rapprocher ainsi de ce que le ciel a de plus grand? C'est ce sentiment que le psalmiste développe encore dans les versets 6 et 7.
6. (( Vous l'avez mis de peu au-dessous du Très Haut; vous l'avez couronné de gloire et d'honneur (1).
7, (( Vous le faites régner sur les œuvres de vos mains. »
Ces paroles : Vous l'avez mis de peu au-dessous du Très Haut ^ seraient une exagération peu justifiée s'il ne s'agissait point dans ce psaume de Salomon, figure du Messie, et du Messie lui-même considéré dans son humanité sainte. Nous savons que tout homme est l'image de Dieu et que dans cette image consiste sa grandeur; mais peut-on dire avec vérité que, par le seul fait de l'empreinte divine si souvent défigurée dans les âmes, l'homme, si on le sépare du Christ dont il est membre, n'est placé qu'à une faible distance du Très
(1) La Vulgate traduit : Vous l'avez mis de peu (ou pour un peu de temps) au-dessous des anges. Elohim signifie en effet quelquefois anges, dit Bellarmin. Les Septante, en adoptant ce sens, ont traduit l'idée du prophète-roi, et saint Paul a consacré cette interprétation. S'adressant aux Juifs hellénisants, il suivait d'ailleurs la traduction qu'ils avaient entre les mains. Saint Jérôme a traduit : Paiilo minus a Deo. SI nousadoptons ici sa traduction du texte hébreu que nous avons promis de commenter, c'est uniquement au point de vue philologique. Nous traduisons le texte des Massocrètes.
Haut et couronné réellement de gloire et d'honneur? Aussi ces paroles : Minuisti eum paulo minus ab angelis, ont été, comme nous l'avons dit, relevées par saint Paul et appliquées à Jésus-Christ.
On a traduit de deux manières le mot hébreu T2:;c, que la Vulgate rend par paulo minus. Les uns, dit Rosenmiiller, lui donnent le sens de degré inférieur; saint Thomas suit cette opinion. Il traduit l'hébreu par parum et ajoute : « Ces mots : Minuisti parum a Deo , ont été appliqués à la passion du Sauveur : uni à Dieu dans l'unité de personne, il est moindre que Dieu par la nature passible qu'il a revêtue. »
Les autres donnent au texte le sens d'espace, de durée, et le traduisent par pour un peu de temps, Isaïe et Jérémie (1) donnent au même terme cette signification. Le grec du psaume et l'Épître aux Hébreux le traduisent par l'expression .Spax'^ '^h qwi signifie ad brève tempus. Cette interprétation ne fait que confirmer le sens messianique du verset. Quand on dit que Jésus-Christ a été pour quelque temps au-dessous de Dieu, on parle de sa vie terrestre, humaine, sujette aux souffrances et à la mort. Car son âme a toujours joui de la vision intuitive à un degré infiniment plus éminent que les anges.
Nous ne pouvons donc admettre qu'il s'agisse dans ces versets de l'homme dans ses conditions naturelles. Ce sentiment trouve sa justification dans ceux qui suivent et dans la répétition du premier verset, redit comme un refrain à la fin du psaume.