CHAPITRE IV
Nous voulons croire, avec quelques commentateurs, que l'auteur du psaume est David lui-même; et rien ne contredit sérieusement cette hypothèse, admise par beaucoup de saints Pères dont Bossuet traduit le sentiment dans ces remarquables paroles : « Le saint roi David, dit-il, avait préludé au Cantique des cantiques par le psaume xliv, inspiration sublime, chant magnifique, où, en célébrant le mariage futur de son fils Salomon, il célébrait en même temps les noces du Christ et de l'Église (1). »
On dit que David n'aurait pas chanté l'union de son fils avec la fille d'un roi païen , parce que cette union était contraire à la loi de Moïse. Mais cette loi , toute générale qu'elle fût, ne pouvait-elle pas souffrir quelque dispense, à cette époque où Dieu daignait révéler sa volonté par la voix des prophètes? Ce qu'il y a de certain, c'est que Dieu parla en songe à Salomon après qu'il eut contracté mariage, et que son discours ne contient rien qui sente le reproche. Dieu voulait appeler les Gentils à la foi chrétienne ; et les Pères ont vu , dans le mariage de Salomon avec la fille du Pharaon, un fait symbolique , prophétisant la conversion des Gentils. Plusieurs commentateurs affirment que la loi de Moïse, interprétée par les Israélites, n'interdisait point à ceux-ci le mariage avec les filles d'Egypte. Bien plus, elle semble faire un précepte sinon de mariages , du moins de relations internationales et amicales entre les Hébreux et les Égyptiens : (( Vous n'aurez pas ce peuple en abomination, dit le législateur, car vous avez été ses hôtes ; ceux qui naîtront d'eux entreront à la troisième génération dans rassemblée du Seigneur (2). » Le législateur n'avait pas voulu par
(1) Prœf. in Cant. cantic, àri. net m.
(2) Deut, XXIII, 7 et 8.
une interdiction absolue et sans exception entacher l'honorabilité des familles israélites , auxquelles s'était mêlé le sang égyptien pendant le séjour en Egypte. Keil a justifié le mariage de Salomon, et en cela il n'a fait que suivre l'exemple d'Abarbanel. Do m Calmet est du même avis (1). La loi ne défendait expressément les mariages qu'avec les Chananéennes (2) ; elle les permettait avec les étrangères prisonnières de guerre (3). Si les mariages contractés avec des étrangères autres que des esclaves étaient contraires à l'esprit de la loi (4), on justifie Salomon en disant qu'il est probable que la princesse égyptienne embrassa la loi mosaïque, ce prince étant alors trop pieux pour souffrir l'idolâtrie dans son entourage : on ne trouve en tout cas dans la Bible aucune trace d'idolâtrie égyptienne à cette époque (5).
Les Israélites durent accueillir avec joie les espérances et les projets de David. L'Egypte jouissait d'un grand prestige dans tout l'Orient, et le peuple hébreu vit dans cette alliance du fils de son roi avec le Pharaon comme un témoignage de la puissance à laquelle il était parvenu : Israël, l'ancien esclave de l'Egypte, traitait maintenant avec elle d'égal à égal. C'était là , pour l'amour-propre national, une vive satisfaction à laquelle les enfants de Jacob ne pouvaient s'empêcher d'être sensibles.
(1) D. Calmet,, III Reg. 111,1.
(2) Ex., XXXIV, 16. — Deut., vu, 3.
(3) Deut., VII, 3; xxi, 10.
(4) 1 Esdr., X, 2 et 10.
(5) Keil, Die Bûcher der Konige. — MM. de Saulcy et Lenormant ont cru retrouver dans une chapelle découverte par le premier auprès de Jérusalem, un oratoire bâti par Salomon pour que la reine put s'y adonner au culte de ses pères (Lenormant, Manuel d'hist. de V Orient, 1888, VI, p. 250; M. de Saulcy, Voyage autour de la mer MortCf^X. xlii). Mais il faudrait pour le croire autre chose que des indices douteux.