CHAPITRE IV
L'importance politique de ce mariage apparaît dans la sainte Écriture (1). On le célébra avec une grande pompe. Non seulement notre psaume, mais aussi le Cantique des cantiques, composé, au dire d'un certain nombre d'interprètes, à cette occasion, reflète l'heureux effet que cette alliance produisit sur l'esprit de tous les Israélites (2).
Le psaume Lxxi a un grand rapport avec le psaume xliv : il est de David. Cette ressemblance est favorable à l'opinion que nous adoptons. Il se peut et même il nous semble probable que le psaume xliv, les psaumes Lxxiet cix ont été composés par David peu de temps avant sa mort, et que chronologiquement ils ont leur place dans les années qui précédèrent les dernières paroles.
Pour bien comprendre la valeur messianique de ce psaume , il importe de se faire une idée juste des circonstances au milieu desquelles il a été composé selon nous et selon les commentateurs déjà cités. David nous introduit au milieu des magnificences du règne de Salomon telles qu'elles apparaissaient déjà au regard du prophète royal. Le père savait qu'une partie des choses qui lui avaient été promises seraient réalisées dans son fils. La paix et le profit des victoires allaient remplacer les douleurs et les angoisses de la guerre. Le règne heureux de Salomon serait l'image du règne glorieux du Messie. Les rapports de Salomon avec le Christ, les destinées du fils
(1) m Reg., I, VII, 8; ix, 16, 24; xi, 1. — Ewald, Diestel, Herzog pensent que le beau-père de Salomon était le pharaon Psousemnès II, un des rois de la XXie dynastie, qui nous sont connus par les listes de Manéthon et dont la résidence était à Tanis.
(2) Cf. Vigouroux, la Bible et les découvertes modernes, t. III, p. 439. — C'est le sentiment presque général des commentateurs, dit D. Calmet, que ce psaume fut composé à l'occasion des noces de Salomon avec la fille du roi d'Egypte.
de la promesse (1) dans leurs figures ou dans leur accomplissement, tout cela est présent à son esprit. David saluait , dans le mariage de Salomon avec la princesse d'Egypte , le règne futur du Christ et la vocation des Gentils.
Les Pères ont vu, comme nous l'avons indiqué plus haut, dans le mariage de Salomon avec une princesse étrangère, la figure de la conversion de la Gentilité, venant s'offrir à Jésus-Christ et acceptant le joug de l'Évangile. Ils sont surtout unanimes à interpréter le psaume comme une allégorie ayant pour objet de célébrer l'union du Christ-Roi avec l'Église son épouse. Il est incontestable que le psaume xliv est messianique. En effet, la l)énédiction promise au roi doit être d'éternelle durée (verset 3). On ne peut douter que le verset 7 ne soit une partie intégrante des espérances qui se rattachaient à Salomon, type du Messie. Mais ce roi n'est pas seulement Salomon; il est appelé Dieu (Elohim) , ce qui oblige à croire que , dans la pensée de David, son fils n'était qu'une figure du Messie. Jamais une telle appellation n'a été employée par l'Écriture sainte d'une manière si absolue pour désigner soit un roi d'Israël, soit un roi terrestre. Enfin, comme on le voit au verset 18, il est clair que dans la pensée de David il ne s'agit point ici d'un fait dont l'importance est circonscrite aux limites d'une nation particulière ou par la durée d'une ou de plusieurs générations : « Les peuples loueront toujours ce roi mystérieux et pour l'éternité. »
C'est au Fils de Dieu, à Jésus-Christ, que saint Paul applique textuellement (2) les versets 7 et 8 de notre psaume : « A son propre Fils Dieu a dit : Votre trône,
(1) Il Reg., VII.
(2) Hebr., i, 8 et 9.