‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 252 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Elohim, est établi à jamais; le sceptre de votre règne est un sceptre de justice. »

On peut dire que les Pères sont unanimes dans ce sentiment, depuis Origène, Théodoret, saint Athânase, jusqu'à saint Bernard, saint Thomas et Bossuet (1). Les anciens protestants n'élevaient aucun doute sur la messianéité du psaume xliv. Nous constatons la même unanimité dans la tradition juive. Le Targum traduit l'invocation à Elohim du verset 3 par ces mots : 0 Rex Messias. Enfin on ne s'expliquerait pas comment un chant profane, un simple épithalame, eût été reçu dans le canon des saintes Écritures par les Juifs. Le mot hébreu Si3;27G placé dans le texte exprime l'idée d'un enseignement religieux, d'une exhortation morale. Le verset 14 nous avertit que la beauté de la reine est intérieure, c'est-àdire spirituelle. On peut également affirmer que tout dans ces noces est mystique, allégorique et ne doit s'entendre que de l'Église et de son divin Époux.

Comment oserait-on dire qu'il s'agit uniquement dans le psaume xliv du mariage de Salomon, ou de tout autre prince que l'on voudra, lorsque l'union célébrée est représentée comme une source féconde de bienfaits s' étendant sur tous les peuples et dans tous les .siècles?

Le sentiment des Pères, affirmant que le psaume est allégorique, nous parait très fondé, et il ne nous semble pas douteux que, sous la figure de l'hymen d'un roi puissant, se cache le mariage mystique de Jésus-Christ et de son Église. L'Ancien et le Nouveau Testament nous of-

(1) HicpsalmusinCliristumestinscriplus(S.Chrysost.), inPsalm. xliv). — Preesenscanlicum dilecto David offert, scilicet Christo(S. Athan. ibid.). — Canlatur hic psalmus de sanctis nuptiis, de sponso et sponsa, de rege et plèbe, de Salvalore et de his qui salvandi sunt (S. August., ibid.).

frent de nombreux exemples d'allégories, traitées avec la magnificence du génie oriental. Le Cantique des cantiques est considéré par la tradition jui\e et chrétienne comme un poème tout entier mystique et allégorique. Quelques commentateurs ont osé, il est vrai, contredire à cette tradition; mais la synagogue aussi bien que l'Église ont trouvé ces nouveautés scandaleuses. « Tout, selon Aben-Esra, doit être interprété allégoriquement dans le Cantique des cantiques, et c'est parce que nos pères l'ont cru, qu'il a été admis dans le canon des saintes Écritures. » Théodoret a été condamné au second concile de Constantinople pour avoir soutenu le contraire.

Commentaire du psaume.

La traduction que nous avons donnée du titre n'est pas adoptée de tous les commentateurs. Plusieurs pensent qu'il faudrait remplacer les mots: Sur les lis^ par ceux-ci : Pro Us qui (ou quœ) commutdbuntur , d'après la traduction des Septante et la Vulgate. Cette double traduction est née de deux variantes du texte hébreu. Les Pères et les anciens commentateurs ont vu dans ces mots : Pro Us qui commutabufitur, un sens très élevé. Le psaume serait particulièrement destiné à ceux qui, par leur fidélité à la loi chrétienne, mériteront d'être transformés par la résurrection glorieuse ; à ceux qui passent de la vie d'erreur et du péché à la vie de la vérité et de la justice; au monde païen converti. En traduisant : Pour les lis, on attache à cette expression l'idée d'un autre symbolisme : l'époux et l'épouse seraient assimilés aux plus' belles fleurs des champs. Peut-être enfin pourrait-on voir dans ces expressions obscures la désignation d'un instrument de musique. Mais comme tout le psaume

Page 1