CHAPITRE IV
est allégorique , il nous parait préférable de reconnaître dans ces lis, des âmes saintes et pures transformées par la grâce de Dieu : Competit verhum virginibus quœ sunt quasi lilia , dit saint Thomas.
Ces mots : Chant d'amour, nous introduisent dans le sens mystique qu'il faut de toute nécessité donner au psaume. Cet amour est celui qui unit le Christ et son Église. L'Église est considérée dans le cantique comme cette vierge dont parle Ézéchiel (1), vierge que le Seigneur a vêtue et parée , sur la tête de laquelle il a mis une couronne précieuse et dont le nom devait être proclamé sur toute la terre. Dans la synagogue, c'était l'amour de Jéhovah pour la nation d'Israël, et aux yeux des chrétiens, c'est l'amour du Christ pour son Église que Salomon chante dans son cantique. Ces deux opinions ne se contredisent point : l'Église a recueilli l'héritage d'Israël, et l'allégorie s'explique mieux lorsqu'on applique au Christ fait homme les louanges célébrées dans ces allégories sacrées. C'est du Christ seulement, et non de Jéhovah, que l'on peut dire qu'il fut le plus beau des enfants des hommes.
Un exemple d'allégorie du même genre se trouve dans Osée (2) . L'union de Jéhovah et d'Israël est représentée sous l'image de l'hymen contracté au profit de la justice, du droit, de la grâce, de la miséricorde. Les prophètes savaient qu'ils étaient parfaitement compris du peuple lorsqu'ils appelaient adultères les infidélités à Dieu : Gens adultéra (3).
Le Nouveau Testament renferme de nombreux indices de l'usage de ce langage mystique. Les premiers chrétiens,
(1) Ezech., XVI.
(2) Os., II, 19 et 20.
(3) Os., II, 2. — Ezech., xxiii.
à l'exemple de Jésus-Christ, en contractèrent l'habitude. Ils ont multiplié aux catacombes les images symboliques si admirablement observées et décrites par M. le commandeur de Rossi. Saint Jean-Baptiste désigne le Christ sous la figure de l'époux : Qui habet sponsam, sponsus est. Amiens autem sponsi. . . gaudio gaudet propter vocem sponsi. Hoc ergo gaudium meum impletum est {!). Ainsi le Christ est l'époux, et Jean l'ami de l'époux. Jésus-Christ lui-même a employé cette belle ligure pour exprimer son union avec les hommes. Il ne veut point pendant sa vie et pendant qu'il est avec ses disciples que ceux-ci se livrent aux austérités : « Est-ce que les invités à des noce§ doivent être tristes , lorsque l'époux est encore avec eux? Le temps viendra où l'époux leur sera enlevé et alors ils devront jeûner (2). » « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui prépare une fête de noces à son fils (3 ) . » Rappelons-nous la parabole des dix vierges. Saint Paul usait aussi des mêmes figures [k-). Concluons : L'époux, c'est Jésus-Christ, qui aime son Église encore plus qu'il n'en est aimé. Telles sont les saintes amours qui font l'objet de ce cantique.
2. « Un chant de bonheur s'échappe de mon cœur. Mes paroles sont pour le roi. Ma langue est comme le roseau du scribe rapide (5). »
Pour bien comprendre ce verset, il faut admettre que David, après avoir longtemps médité sur l'objet de son
(1) Joan., III, 29.
(2) Matth., IX, 15.
(3) Matth., \xii.
(4) Ephes., V, 25 ; II Corinth., xi, 2.
(5) Le mot : Eructavit répond au verbe hébreu X2TW qui signifie bouillonner, pousser avec force, et exprime, dit saint Jérôme, l'haleine bruyante qui s'échappe d'une poitrine oppressée. (Hieronym., ad Principiam virginem, Epistol. lxv).