‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 254 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cantique, se trouve tout rempli des révélations divines. Dieu lui a fait voir tant de mystères, et ces mystères sont si admirables, que les pensées et les sentiments débordent de son âme trop pleine. Il veut écrire un cantique, c'està-dire une poésie dont toutes les parties doivent être mesurées, cadencées dans un rythme harmonieux. Une poésie de ce genre demanderait beaucoup de temps à un poète ordinaire. Mais lui, David, inspiré de Dieu, nemettra pas plus de temps à dicter ses strophes qu'un scribe rapide à les écrire.

Saint Thomas, après avoir fait remarquer l'analogie frappante qui existe entre ce verset et le commencement des dernières paroles de David : « L'Esprit de Jéhovah s'est fait entendre par moi, sa parole a été sur ma langue, » ajoute : « David ne parlait pas de son propre mouvement; l'Esprit-Saint se servait de sa langue comme l'écrivain se sert de la plume; les paroles se suivaient comme les mots sous le roseau du scribe rapide : Velocller scribenlisy car ainsi va l'Esprit : Fa dus est repente de cœlo sonus (1). » Selon saint Chrysostome, celui qui écrit d'après ses propres inspirations est obligé de procéder avec lenteur; il médite, il dicte, il s'arrête; il reprend la dictée : les hésitations , les vues incomplètes , les expressions inexactes, mille autres causes entravent la rapidité de son œuvre. Mais quand le Saint-Esprit s'empare d'une âme , il n'y a plus de difficultés : semblable à une eau qui se précipite avec impétuosité , la grâce de l'Esprit-Saint s'avance avec une rapidité inouïe, renversant tous les obstacles (2).

(1) D. Th. Aquin., loc cit.

(2) Chrysost., loc. cit. — Voyez le beau texte de sainte Thérèse, que nous avons cité p. 204, où le même phénomène surnaturel est décrit sous les mêmes traits.

3. « Vous êtes le plus beau des enfants des hommes. La grâce est répandue sur vos lèvres. Aussi Dieu vous a béni pour toujours. »

Ici commence vraiment le cantique. Les filles de la noce adressent d'abord la parole à l'époux ; elles louent premièrement sa beauté , ses grâces, les charmes de ses entretiens. Salomon avait tout ce qu'il fallait pour être l'objet de l'admiration et des louanges. S'il est permis d'en juger par notre psaume et le Cantique des cantiques, il avait le teint blanc et vermeil comme David, son père (1); les boucles de ses cheveux étaient flexibles comme des palmes et noires comme les ailes des corbeaux, saupoudrées de poussière d'or ou teintes de henneh(2). Ses yeux étaient doux comme ceux de la colombe; ses lèvres semblables au lis pourpre, pleines de grâce, ruisselantes de myrrhe (3). Il était beau comme les cèdres; on le distinguait entre mille ; on le comparait au Liban ; c'était en un mot le plus beau des enfants des hommes (4). Tous ces dons extérieurs étaient rehaussés par les qualités de l'esprit et du cœur, par une intelligence vive et pénétrante , un caractère aimable et séduisant , une âme pleine de bonté.

Mais, ne l'oublions pas, le premier objet du chant est le Christ-Roi. 11 est revêtu d'une majesté et d'une beauté auprès desquelles pâlissent la majesté et la beauté de Salomon. (( Jésus, dit l'Apôtre , est la splendeur de la gloire du Père, son image parfaite (5) » ; « il est l'éclat

(1) Cantic, V, 10. — 1 Reg., xvii, 42.

(2)Cantic., v, 11, — Joseph., Antiq. jud. viii,7, 3.

(3) Cantic, v. 12, 13. — Ps., v. 3.

(4) Cantic, v. 15.

(5) Hebr., I, 3.

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