CHAPITRE IV
Testament se sert des mêmes images dans les mêmes circonstances (1). La sagesse éternelle, c'est-à-dire le Aoyoçjle Verbe, tient le langage suivant au chapitre xxiv de FEcclésiastique (v. 20 et 21) : « J'ai répandu une senteur comme le cinname, comme le baume odorant. J'ai répandu un parfum comme la myrrhe la plus précieuse. J'ai rempli ma demeure de l'odeur du storax, du galbanum , de l'onyx (2), de la myrrhe, de la goutte d'encens et du baume sans mélange. »
10. « Les filles des rois sont un des ornements de votre cour. A votre droite se tient la reine, parée de l'or d'Ophir (3). »
Saint Jérôme rapproche de ce passage le verset suivant du Cantique des cantiques : « Soixante reines et des jeunes filles sans nombre habitent le palais du roi. J'en
(l)Marc., XIV, 3. — Joan., xii, 3. — Luc, xvi, 37. — Ephes., v, 2. — II Corinth., ii, 14 et 15..
(2) Onyx, en latin ungula, opercule odorant d'une coquille, exhalant une odeur semblable au nard.
(3) Ce verset et le précédent sont très obscurs dans l'hébreu. Saint Jérôme les traduit ainsi en n'en faisant qu'un seul : « La myrrhe, l'alois et la casse s'exhalent de vos vêtements et des palais d'ivoire où les fllles des rois font vos délices et votre gloire. » La Vulgate et les Septante séparent les deux versets. — L'expression : de vos palais d'ivoire, a été diversement interprétée. D. Calmet et quelques autres soutiennent qu'il faut entendre par là des coffrets d'ivoire où l'on conservait quelques parties du vêtement avec des odeurs pour les parfumer. Rosonmiiller et Bellarmin nient la justesse de celte interprétation et disent qu'il s'agit ici de palais ornés d'ivoire avec profusion. — Quant au pays dOphir, mentionné au verset 10, le 3« livre des Rois nous apprend (ix, 26-28) que Salomon, voulant largement profiter des richesses de toute sorte de ce pays peu connu des Israélites au temps de David, équipa une fiotte qui faisait tous les trois ans le voyage de Palestine en cette contrée; elle en rapporta une première fois 420 talents d'or, ce qui faisait plus de 60 millions, sans compter une foule d'autres objets précieux. (II Parai., ix, 10; III Reg., x, ll.)Ona écrit des volumes pour rechercher quel est ce mystérieux pays. Josèphe et saint Jérôme le placent dans l'Inde; et c'est l'opinion des commentateurs modernes les plus autorisés. (Hieronym., De locis hchralcis.)
chéris une entre toutes : c'est une colombe pleine de perfection. Les jeunes filles l'ont vue et l'ont appelée bienheureuse; les reines, toutes les femmes l'ont célébrée (1). »
Sous le nom de filles des rois y la plupart des Pères entendent les nations converties au christianisme, et ces âmes royales et élevées qui, ravies des parfums qu'exhalent la patience, l'humilité et la charité du Christ, courent après lui sans vouloir s'en séparer (2). Mais au milieu et au-dessus de ce monde humain de perfections, l'emportant par la distinction et les grâces, se tient l'épouse, la fille du Pharaon.
Car, nous le répétons, la fiancée, c'est l'Église, que l'ange de l'Apocalypse appelle « la fiancée, l'épouse de l'Agneau (3).» ; ce sont toutes les âmes chrétiennes invitées à s'unir au Christ, ce sont toutes les nations de la terre qui confessent le Rédempteur, et trouvent dans leur foi, avec le salut éternel, les gloires les plus pures de la vie chrétienne. C'est l'Église qui, à la droite du Roi, est la reine parée de l'or d'Ophir.
Le vêtement est encore aujourd'hui en Orient le signe du rang que l'on occupe, l'emblème d'une profession] ou d'une dignité. De nos jours, en Occident, l'habit est ordinairement banal. Les vêtements variés de la reine expriment les diverses richesses de la grâce. Tout ce qui dans le temple était particulièrement sacré et pour ainsi dire plus rapproché de Dieu était d'or, et la reine était désignée ici par son vêtement semé d'or comme l'épouse de Dieu. Au sens figuré, l'or représente la foi de l'Église et toutes les vertus qui reluisent en elle. C'est ainsi que saint Paul appelle les enseignements du Christ du nom
(1) Hieronym., ad Principiam.
(2) August., Chrysost., Euseb., Athanas., Bellarmin., D. Thomas.
(3) Apoc, XXI, 9.