CHAPITRE IV
des métaux les plus précieux, comme l'or et l'argent. L'Église est également apparue à Isaïe sous la figure d'une épouse ornée de bijoux précieux, le front ceint d'une couronne, brillamment vêtue des habits du salut et de la justice (1).
11. « Fille, écoutez, regardez et prêtez l'oreille. Oul)liez votre peuple et votre maison paternelle.
12. « Le roi est épris de votre beauté : il est votre roi, rendez-lui hommage.
13. « Les filles de. Tyr viendront avec des présents, et les riches du peuple imploreront vos faveurs. »
Jusqu'ici les filles de la noce se sont adressées à l'époux ; c'est maintenant l'épouse qu'elles vont complimenter. « David n'omet rien dans ses souhaits, écrit Bossuet : la reine, la fille du roi Pharaon, destinée à Salomon pour épouse, y est marquée : Écoutez, ma fille, lui dit David, et voyez; et oubliez votre peuple et la maison de votre père, toute royale et toute éclatante qu'elle est, et épousez les intérêts de la famille où vous entrez. Vous en serez récompensée par l'amour du roi, qui sera épris de vos beautés, et vous trouvera encore plus belle et plus ornée au dedans qu'au dehors. C'est ainsi qu'Israël instruisait ses reines, comme ses rois, par la bouche de David (2). »
Jésus-Christ a dit dans son Évangile : « Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. » Le psalmiste recommande à la reine les sentiments que Jésus-Christ a prescrits à son Église et particuHèrement à ses apôtres. Dieu veut qu'on soit disposé à tout abandonner pour le suivre. Il demande à Abraham de quitter
(1) Isa., Lxi, 10.
(2) Politique de l'Écrit., liv. X, art. 5.
son pays, sa famille et la maison de son père (1). L'esprit de sacrifice est inséparable de la charité. Si la reine quitte tout pour son époux, alors elle éprouvera la vérité de cette parole évangélique : Omnis qui reliquerit domum , vel fratres aut sorores aut patrem aul malrem aut uxorem aut filios atU agros propter nomen meum, centuplum accipiel et vilam œlernam possidehit (2). Le roi sera alors épris de la beauté de son épouse. Les nations, les puissants de la terre, les filles de Tyr viendront lui offrir leurs présents; l'Église dans ses plus saints représentants obtient à la fois l'admiration du ciel et celle de tous les cœurs sincères.
Car il est clair que par ces mots fille, reine, il faut entendre l'Église. Le psalmiste voit l'épouse mystique du Christ figurée par l'épouse de son fils, par celle qu'il peut justement appeler sa fille. Ce mot fille est ordinairement accompagné dans la Bible d'un mot qui le détermine, comme par exemple fille de Sion, fille de Jérusalem; mais au verset 11 ce mot n'est point accompagné, comme si le psalmiste avait voulu faire comprendre que l'Église ne serait plus seulement Sion, Jérusalem, mais qu'elle serait formée de toutes les nations de la terre, et le sens du verset 11 et des suivants est celui-ci : 0 peuples de la terre, oubliez vos coutumes superstitieuses et vos idoles, ouvrez l'oreille à l'enseignement du vrai Dieu, et vous trouverez dans cette soumission au Christ la prospérité et la gloire. C'est la peûsée exprimée par saint Paul (3) lorsqu'il dit : Prêt à faire le sacrifice de tout, vous gagnez Jésus- Christ. « Ce mot : Oubliez, obliviscere, dit Bellarmin, est d'une grande énergie : il exprime que nous devons arracher notre cœur aux choses de ce monde , par la pensée
(1) Gen., XII, 1 .
(2) Malth., XIX, 29.
(3) Philipp., m, 8. .