CHAPITRE IV
et par nos désirs, et même en perdre totalement la mémoire comme s'il n'eut jamais existé. » Telles sont les dispositions de l'àme fidèle, de l'Église , qui par là, resplendissantes de beauté, sont l'objet de l'amour du Seigneur.
Ainsi s'expliquent ces paroles ardentes du Cantique des cantiques adressées à la fiancée mystique : « Levezvous, hâtez- vous, mon amie, ma tourterelle, ma toute
belle, et venez Montrez-moi votre visage, faites
entendre à mes oreilles votre voix ; car cette voix est douce et votre visage est beau. » Ne savons-nous pas en effet que Dieu aime les âmes pures et saintes, qu'il en fait sa demeure et les comble de faveurs et de grâces? Saint Matthieu (1) nous dit que le Christ a déclaré lui-même que son joug était plein de douceur. Ce joug, il veut d'un désir violent que l'âme l'accepte. Suivant l'Apocalypse (2), il frappe â la porte du cœur pour y entrer. Il n'attend pas les âmes ; il va à elles comme impatient devant leurs lenteurs. Il lui tarde de les inonder de ses délices. L'âme de riionime, faite d'intelligence, de liberté, d'amour, est peut-être Tune des œuvres les plus parfaites de Dieu. Il la veut pour lui avec une sainte jalousie.
Par la fille de Tyr il faut entendre les nations en général. Tyr était pour les Juifs la personnification la plus brillante et la plus riche de toutes les nations chananéennes et même de la Gentilité tout entière. Non sumenda est Tyrus exclusive, dit un commentateur; sed suh schemate ditissimi illius emporil quœvis etiam synecdochtce includuntur nationés opulentce alque populosœ aliœ. Sous le nom de Tyr, ce riche comptoir, cette place de commerce qui transportait ses marchandises sur toutes les côtes de la Méditerranée et même sur les lointains rivages de l'Océan, jusqu'en
(1) MaUh., XI, 28.
(2) ApOC, III, 20.
Bretagne, assure-t^on, il faut entendre toutes les autres nations riches et populeuses.
Happelons-nous qu'un jour Jésus se rendit au pays de Tyr et de Sidon et qu'une femme vint l'adorer et le prier de délivrer sa fille du malin esprit. Elle représentait non seulement la contrée syro-phénicienne, mais aussi le paganisme tout entier aux pieds de Jésus- Christ, et, comme dit saint Thomas, tous ceux, sans distinction de race, qui souffrent, tous ceux que la maladie, la douleur, les infirmités affligent.
Quant aux présents du verset 13, les commentateurs aiment aussi à en rechercher le sens symbolique. Les fdles de Sion, c'est-à-dire les nations, apporteront à l'Église leurs dons généreux. <( Le prophète, dit Bellarmin, parle en cet endroit des présents que les Gentils convertis à la foi devaient ofïrir pour la construction et l'ornementation des églises, le soutien des pauvres et pour toutes les autres œuvres de charité. »
i!^. « Elle est pleine de gloire dans son intérieur, la fille du roi. Ses vêtements sont des tissus d'or ; avec ses parures couvertes de broderies variées, on la conduit vers le roi.
15. « Une troupe de vierges marchent derrière elle : elles sont amenées vers vous, ô Roi !
16. « Elles se présentent au milieu de la joie et de la jubilation : elles vont occuper le palais du roi. »
Ces versets décrivent le cérémonial avec lequel la fdle du Pharaon fut amenée dans l'appartement qui lui était préparé. Elle est portée sur une litière recouverte de broderies précieuses. Des vierges lui font escorte ; ce sont ses filles d'honneur, ses compagnes. Les foules sont accourues; elles font entendre des chants d'allégresse. L'épouse arrive au palais du roi, où ses filles la condui-