CHAPITRE IV
sent jusque dans sa chambre et la placent dans le lit nuptial. Ces usages s'observent encore en Orient.
La gloire de l'épouse est la figure de la gloire de l'Église. L'apôtre saint Paul a dit d'elle : Christus dilexit Ecclesiam... ut illam sanctificaret , mundans lavacro aquœ in verho vilœ ut exhiberet if se sibi gloriosam Ecclesiam non liabentem macidam aut rvgam (1)... Elle est appelée fille du roi céleste, de Jéliovah, de la même manière qu'Israël a été appelé dans l'Écriture le fils premier-né de Dieu, comme les Israélites furent appelés par Osée fils de Dieu (2).
« Elle est pleine de gloire dans son intérieur,.. » Le mot hébreu np'»:2 répond à l'adverbe latin intus, qui est l'opposé de foris. Le Lévitique emploie le même mot (3) pour désigner l'intérieur du sanctuaire. Nous trouvons encore ce mot au troisième livre des Rois (4-) pour exprimer la richesse du temple de Salomon, revêtu de liois de cèdre à l'intérieur. Si donc on veut prendre le verset IIp à la lettre, il exprimera que la reine remplira de magnificence la retraite secrète qu'elle habitera dans le palais.
Les moralistes ont tiré de ce texte des instructions tropologiques variées, à l'usage des femmes mariées, des vierges, des religieux, en général de tous les chrétiens. Le lecteur nous saura gré de ne pas l'en priver tout à fait. C'est la prophétie des vertus chrétiennes. « Il y a, remarque Bossuet, entre la synagogue et l'Église cette différence que Dieu a promis à la synagogue des bénédictions tem-
(1) Jésus- Christ a aimé son Église et s'est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier, après laToir purifiée dans le baptême de l'eau par la parole de vie, pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, n'ayant ni tache ni rides (ad Ephes., v, 25-27).
(2) Os., I, 7 et 10. —Il, 1.
(3)Levit., X, 18.
(4)111 Reg., VI, 18.
porelles; au lieu que, comme dit le divin psalmiste , toute la gloire de la sainte Église est cachée et intérieure. Il fallait l'éclat à la synagogue, des biens temporels par lesquels l'on attirait ces grossiers, ou l'on amusait ces enfants. Mais à leur place, Jésus-Christ a substitué pour l'Église des biens plus dignes d'ambition (1). »
Ainsi la femme chrétienne ne doit point désirer de plaire à la foule et de se produire en public ; qu'il lui suffise de plaire à son époux et d'être l'ornement du toit conjugal.
Saint Pierre conseillera aux femmes chrétiennes de se rendre semblables à l'épouse de Salomon, et Bellarmin place en regard du verset 14 ces paroles de l'Apôtre : ¥. Femmes, ne mettez point vos soins à vous parer au dehors, par la frisure des cheveux, par les broderies et le culte du vêtement ; mais parez l'homme invisible caché dans le cœur, enveloppez-le de la pureté incorruptible d'un esprit plein de douceur et de paix : c'est là un riche et magnifique ornement aux yeux de Dieu. Ainsi se paraient autrefois les saintes femmes soumises à leurs maris (2). »
La beauté de la reine sera donc toute spirituelle et l'éclat des vertus sera sa splendeur. Ces vertus sont énumérées par saint Paul dans l'Épitre aux Calâtes : Fructus autem Spiritus est : charilas, gaudium^ pax^ patientia, benignitas, bonitas, longanimitas , mansuetudo, fides , modeslia , continentia, castilas (3).
Telles sont les vertus que le psalmiste compare à la broderie d'or d'un vêtement. La vie du chrétien est cachée
(1) Sermon pour la Septuagésime, l^^" point.
(2) I Petr., m, 3-5.
(3) V, 22 et 23. Les fruits de l'Esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la clémence, la bonté, la bienveillance, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté.