CHAPITRE IV
Au verset premier, Dieu est invité à confier au Roi Texercice de sa justice et l'exécution de ses jugements. Or le caractère du Messie, sa fonction propre sera, suivant l'Évangile de saint Jean (1), d'être le justicier de Dieu : Neque enim Pater judicat guemquam; sed omne judicium dédit Filio.
On ne peut non plus appliquer qu'au Roi-Messie le verset 5, d'après lequel le Roi, dont parle David, doit être révéré aussi longtemps que luira le soleil, aussi longtemps que la lune donnera sa lumière. Les autres caractères du Roi énumérés du verset 8 au verset 11 ne peuvent non plus convenir qu'au Messie. De quel autre David a-t-il pu dir^ : Il dominera d'une mer à l'autre, jusqu'aux extrémités de la terre ; tous les rois , tous les peuples s'empresseront de le servir ?
Le verset 17 prédit que son nom sera éternel, et que tous les peuples s'estimeront en lui bienheureux.
Le Targum, cet interprète exact des traditions juives, traduit ainsi le verset 1 : « Dieu, donnez votre justice au Roi-Messie. » Raschi nous assure que Kimchi et les autres rabbins regardaient ce psaume comme messianique. Haggaon (2) et Jarclii (3) l'appliquent au Christ; ils disent que tous les anciens docteurs l'ont entendu de temporihus Messiœ , et que le psaume tout entier est rempli de son attente. Nous sommes intimement persuadé, dit Rosenmûller, que les magnifiques promesses de ce psaume n'ont été réalisées par aucun roi hébreu, et qu'on ne peut l'appliquer qu'à ce Roi, le plus grand de toute la terre, que les Juifs attendaient de la race de David, le Messie.
(1) Joan., V, 22.
(2) Ad Dan., VII, 13, 14,
(3) Psalm., Lxxii, 16.
Le Midrasch-Téhillim et le Jalkut tiennent le même langage. D'après leur témoignage, le Roi-Messie doit être élevé et honoré au-dessus de tous les hommes.
Parmi les chrétiens, nous invoquerons, pour la messianéité du psaume, Justin dans son Dialogue avec Tryphon, Théodoret, (1) etc. Saint Thomas résume ainsi le sentiment de tous les Pères : « Ce psaume chante les gloires du règne de Salomon, en tant que ce règne est la figure de celui du Messie. Tant de merveilles ne pouvaient se réaliser sous Salomon ; tout devait s'accomplir sous le règne éternel du Christ (2). » Parmi les commentateurs modernes, les rationalistes seuls osent nier les caractères messianiques du psaume lxxi. Encore faut-il dire que Hupfeld est obligé d'avouer que le roi du psaume apparaît sous des couleurs idéales telles, qu'elles ne pouvaient être réalisées que dans un Messie.
Commentaire du psaume.
David, sentant les approches de la mort, veut avant de quitter la terre laisser à son fils , sous la forme d'une prière à Dieu, ses dernières leçons et ses derniers vœux. Salomon doit concourir avec puissance et avec éclat à Tac-
(1) « Je vous rappellerai ce psaume inspiré par l'Esprit-Saint à David, que vous prétendez avoir été écrit pour Salomon ; mais il l'a été aussi pour votre Christ. Je n'ignore pas que Salomon a été un roi illustre; mais rien de ce qui est chanté dans ce psaume ne lui est évidemment arrivé. » (Just., Dialog. cum TrypJi. xxiv.) — Saint Augustin répète à peu près les mêmes paroles. (August., Lih. XVlf, de Civitate Dei, cap. viii, v. 2.) — Adventus Christi his significatur, necnon gentium vocatio. Hic enim verus est Salomon pacificus, qui fecit utraque unum. » (.Athanas. hic). — Ce même docteur donne pour titre au psaume : <|;a),{i,o; tô) Aayiô s't; Sa).o{x(ova ; quelques exemplaires grecs et latins ajoutent aussi au titre le nom de David, pour marquer qu'il a été composé par ce prophète. — « Ejus (Domini) regnum et pacem ab ipso allatam atque gentium salutem, hic psalmus vaticinatur... Salomoni nequaquam congruit. » (Théodoret., jP^aiw. lxx.) Idem, Hieron.
(2) D. Thomas, In psalmos Expositio, Proœmium.