CHAPITRE IV
ments de Salomon sont célèbres; mais des seuls jugements du Seigneur on peut dire : judicia juslificata in semetipsa (1). — Cognovi, Domine, quia œquilas judicia tua (2).
Ce sont les pauvres et les opprimés qui profiteront de la venue du Roi de justice. Isaïe confirmera (3) plus tard cette importante prophétie contenue au verset 2, et le Sauveur donnera comme signe caractéristique de sa divine mission la sollicitude qu'il montrera pour les pauvres : Pauperes evangeiizantur. Remarquons que le parallélisme du verset deuxième fait correspondre au mot peuple, le mot pauvre, opprimé. En effet, il était dans la destinée des peuples païens, il est encore dans la destinée des peuples étrangers à l'Évangile d'être victimes du puissant et du riche. Partager le sort du peuple, c'est aussi la destinée de l'Église, étrangère, par l'esprit de renoncement du moins, aux biens et aux ambitions de la terre. Lorsque l'Église devient par hasard riche et prospère selon le 'siècle , la Providence prend soin de l'avertir et de la ramener dans les sentiers de la pauvreté évangélique. L'humilité, les épreuves et les persécutions sont généralement la condition de ceux qui combattent pour la justice.
Lepsalmiste, au verset 3, dit que la paix régnera sur les montagnes et sur les collines , pour faire comprendre qu'elle dominera partout. Une armée qui occupe toutes les hauteurs devient par là même maîtresse du pays. Les eaux bienfaisantes descendent des montagnes et arrosent au loin les plaines. N'oublions pas que la Palestine est un pays particulièrement montagneux : il n'est pas étonnant
(1) Psal., XVIII, 10.
(2) Psal.,cxviii, 75.
',3) Isa., Lxi, 1 et seq. Cf. xxxii, 1.
que les prophètes et les écrivains sacrés en général empruntent si souvent à cette circonstance topographique leurs plus imposantes images* L'histoire de la religion nous montre que les faits les plus importants dii Nouveau comme de l'Ancien Testament ont eu pour ihéâtre les collines de la Palestine.
Le vœu de David pour son fils : La paix régnera sur les montagnes^ fut exaucé. Salomon fut un roi pacifique, comme son nom le porte, et comme le Seigneur l'avait promis en prédisant sa naissance : « Le fils qui naîtra de toi sera l'homme pacifique : ce sera là son nom ; Israël demeurera en paix durant tout son règne (1). »
Mais cette qualité , dans Salomon, n'était que figurative : elle devait se réaliser d'une manière infiniment plus parfaite dans Jésus-Christ. (( C'est lui qui est notre paix , dit saint Paul , lui qui a rompu le mur de séparation qui nous divisait de Dieu (2) , » lui qui durant les jours de sa vie parmi nous aimait tant à nous redire : Fax vohis (3). A Jésus-Christ et à lui seul s'appliquent absolument les paroles du prophète Joël si semblables à celles de David : « En ce temps-là les montagnes produiront la douceur ; et il coulera au fond des vallées des ruisseaux de lait et de miel (4). »
5. « Il subsistera aussi longtemps que durera le soleil, aussi longtemps que luira la lune, de génération en génération. »
Nous abandonnons ici le texte hébreu , dont la traduc-
(1) I Parai., xxii, 9.
(2) Ephes., II, 14.
(3) Marc, xyi, 14. — Luc, xxiv, 36. — Joan., xx, 19, 21; xiv, 27.
(4) Joël., III, 18. Cf. Isa., lii; lv, 12.
tion serait : « Qu'ils vous craignent aussi longtemps que durera le soleil... » Ces paroles: « Qu ils vous craignent... » nous semblent rompre la suite des idées. On est surpris que le psalmiste exhorte les pauvres et les affligés à craindre un roi qui doit les défendre. Cette apostrophe semble extraordinaire entre deux versets, le 4^ et le 6*, qui ont pour objet le roi désiré, le Messie, dont le psalmiste énumère les gloires pacifiques. Les Septante n'ont point lu dans le texte hébreu "|iNnn, et limebunt te, mais bien "|nN^% etdurabit, La divergence repose, comme on le voit, sur la transposition d'une lettre. Il est vrai que les commentateurs qui tiennent pour le texte hébreu observent que la crainte des pauvres serait en cette circonstance toute révère ntielle, et n'exclurait pas l'espérance et le désir du Messie. Mais nous préférons à cette explication le sentiment presque unanime des commentateurs, qui n'agréent pas ce palliatif.
Origène semble avoir lu de son temps permanebit. Eusèbe traduit de même et applique ainsi le verset à Jésus- Christ. « On a beau s'élever contre lui, dit-il, et contre son Église , lui seul demeure ; il s'élève comme le soleil , illuminant des rayons de sa doctrine l'univers entier : voilà ce que prédit le prophète. Il annonce que l'empire de Jésus-Christ sur la terre durera autant que les révolutions des cieux. -» C'est la limite de durée assignée par le Sauveur même à son royaume terrestre : <( Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (1). »
6. « Il descend comme la rosée sur le gazon des prairies, comme la pluie qui arrose la terre, »
(l)Matth., Mil.
Le Roi-Messie fut l'objet des plus ardents désirs et son arrivée sur la terre nous est annoncée par les plus riantes images. De même qu'une pluie bienfaisante descend de la région des nuages, ainsi le Verbe de Dieu descendra du ciel. Le Christ l'a affirmé lui-même lorsqu'il a dit : Descendi de cœlo (1). Ego sum panis vivus qui de cœlo descendi (2). Cette image d'une pluie douce se répandant sur la terre emprunte une grande force aux conditions climatériques de l'Orient. Tout semble aride, desséché et mort dans les champs de la Palestine brûlés par un soleil d'été : mais si une pluie abondante vient rafraîchir le sol, tout reprend l'aspect gracieux du printemps. Aussi, pour faire goûter le Messie , Osée disait-il à ses contemporains : Veniet nobis quasi imber temporaneus el serotinus terrœ (3). Isaïe s'écrie à son tour : « Cieux, répandez votre rosée et que les nuées, comme une pluie douce et féconde, nous laissent tomber le Juste I Que la terre s'entr 'ouvre et produise notre Sauveur (4)! » Il est venu en effet, le Sauveur Jésus, et la doctrine évangélique s'est répandue comme une pluie, et les paroles du Christ ont rafraîchi les âmes, comme les ondées d'automne raniment les plantes desséchées.
Les commentateurs ont rapproché de ce verset la prière de Gédéon demandant à Dieu qu'en signe de la délivrance d'Israël, la rosée du ciel descendit sur la toison exposée dans son aire (5). Ces deux passages de l'Écriture sont en effet identiques, surtout si Ton traduit le verset de notre psaume comme les[Septante et la Vulgate : Sicul
(1) Joan., VI, 38.
(2) Joan., VI, 51.
(3) Os., VI, 3.
(4) Isa., xLiv, 8.
(5) Judic.,vi, 37.