‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 273 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Aussi il relève à plusieurs reprises ces qualités dans son cantique pour en inspirer l'amour à son fils. Au point de vue messianique, ces trois versets caractérisent éminemment, comme nous Favons dit au début du psaume, l'œuvre évangélique par un de ses traits essentiels. Le Christ est venu sauver les pauvres , affranchir les esclaves , les arracher au mépris et à la tyrannie des puissants et des riches. Il a plaidé leurs droits. Il s'est lui-même appliqué cette prophétie d'Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi ; il m'a consacré par son onction et m'a envoyé pour évangéliser les pauvres (1). » Lui-même s'est fait pauvre, et par cet acte de charité infinie il a placé la pauvreté au-dessus de la richesse : Deposuit potentes de sede et exallavit humiles. C'est en prenant la défense du faible et de l'opprimé que le christianisme s'est révélé au monde, et l'Église n'a point cessé, à l'exemple du divin 3Iaitre, de soulager et de consoler les pauvres.

Remarquons la force et le sentiment de cette expression : Le sang des pauvres est d'un grand prix à ses yeux. Le prophète avait dit plus haut du Sauveur que les rois de la terre l'adoreraient et le serviraient. Mais quand il en vient à parler des pauvres, des humbles, des petits, il change en quelque sorte de ton, et il dit que c'est le Messie luimême qui les honorera et les respectera. Que David était bien inspiré en écrivant ces merveilles, et comme il parlait bien du Christ, de celui qui a dit : Beali pauperes^ beati qui lugent (2) !

15. « Il vivra et on lui donnera de l'or de Schéba : et on le bénira tout le long du jour. »

Le verset 15 a été diversement traduit. On s'est demandé

(1) Luc, IV, 17.

(2) Psaumes de Berlhler.

si c'est du roi ou du pauvre que le psalmiste a dit : « il vivra; on lui donnera de l'or d'Arabie ». Nous croyons qu'il s'agit ici du Roi-Messie. Les Septante, la Vulgate et )3eaucoup d'autres traductions lui appliquent en effet ces paroles. Au verset 13, dans le second hémistiche, et au verset 14, l'idée de la pauvreté est exprimée par le pluriel : les pauvres. Le futur singulier : il vivra^ s'interprète naturellement du Messie, dont le nom et la pensée remplissent tout le psaume. Déjà au verset 4 le Messie apparaît comme le bienfaiteur des pauvres, et au verset 5 l'idée de la reconnaissance de ces derniers envers leur bienfaiteur est formellement exprimée. C'est du cœur des opprimés aussi bien que de celui du psalmiste que sort cette expression de gratitude : Vivet y il vivra : c'est le souhait que le Christ-Messie règne et vive à jamais. Le Christ est appelé dans l'Apocalypse (1) le premier et le dernier, le vivant par excellence. « J'ai été mort, dit-il, et voici que maintenant je vis pour toujours. »

On lui donnera de l'or de Schéba (en hébreu "jnn, v. impersonnel) ; ce qui veut dire que les meilleures, les plus chères et les plus belles choses seront offertes à un roi si digne d'amour et de reconnaissance. C'est l'usage en Orient d'offrir des présents au roi , et l'on sait que les Israélites offraient les prémices des fruits à Dieu. David avait recueilli de nombreuses offrandes pour le temple.

Les commentateurs rapprochent de ces derniers versets le fameux passage d'Isaïe : « Surge, illuminare, Jérusalem, lève-toi, Jérusalem, reçois la lumière... Regarde autour de toi : quelles foules s'avancent! Tu es inondée par les troupes des chameaux, par les dromadaires de Madian et d'Epha. Tous viendront de Saba l'apporter de l'or et de

(1) Apoc, 1, 17 et 18.

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