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CHAPITRE IV

ordinairement, non selon l'ordre d'Aaron, mais selon Tordre de Melchisédech, ordre nouveau que la loi ne connaissait pas. Il Ta vu assis à la droite de Dieu, regardant du plus haut' des cieux ses ennemis abattus. Il est étonné d'un si grand spectacle; et, ravi de la gloire de son fils, il l'appelle son Seigneur (1). »

Le psaume cix forme la conclusion naturelle des psaumes messianiques de David. Il a pour objet, comme nous venons de le voir dans les paroles de Bossuet, l'intronisation du Messie prêtre et roi, prenant place au ciel à la droite de son Père. Entrons dans la pensée du psalmiste, et voyons, sous les images prophétiques, à la fois ce qu'il rappelle et ce qu'il déclare.

La vision transporte David en esprit à ce moment où la Passion finit. Jésus a accompli son œuvre de miséricorde et de rédemption sur la terre ; il a jeté du haut de la croix le cri suprême qui précéda son dernier soupir : Consummalum eut. Le psalmiste nous le montre entrant dans sa gloire. Quarante jours après sa résurrection glorieuse, il est monté solennellement vers son Père, suivant cette parole de l'évangéliste saint Marc : Et Domînus quidem Jésus... assumptus est in cœlum et sedet ad deœteram Patris (2). 11 prend aussitôt possession du sceptre souverain et vient occuper la place du monarque « à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre (3) ».

C'est ce que saint Pierre annoncera aux Juifs de lous pays, rassemblés au jour de la Pentecôte : « Que toute la maison d'Israël sache de science certaine que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. Par la puissance de sa droite il l'a élevé à la

(1) Bossuet^ Discours snr l'Hist. univers. ^ II« partie.

(2) Marc, XVI, 19.

(3) Matth., XXVIII, 18.

gloire de prince et de Sauveur, dextera Dei exaltalur (1 ). » Il siégera à la droite de son Père « jusqu'à ce que ses ennemis soient réduits à lui servir de marchepied ».

L'histoire montre que c'est sur Jérusalem que le Christ vainqueur a laissé d'abord tomber sa verge de fer. La ville déicide, prise de vive force par les Romains en l'an 70, fut en effet le premier témoin de l'accomplissement de la prophétie.

Sans doute il y aura jusqu'à la fin des temps des hommes qui méconnaîtront l'Évangile , refuseront d'adorer le Christ : ils le persécuteront, rêveront de l'anéantir en tant que représenté sur la terre et vivant dans l'Église. Mais Jéhovah combattra contre eux; ils seront successivement vaincus et défaits.

Leur triste fin fera éclater la gloire du Christ ; ils seront humiliés, frappés, condamnés, précipités à ses pieds, réduits à l'état de scahellum pedum. Cependant les vrais chrétiens, après avoir soutenu le combat avec Dieu, auront leur part dans sa victoire et dans sa gloire. Telles sont les idées générales du psaume.

Si maintenant nous cherchons un événement qui, dans la vie de David, a pu servir d'occasion au psaume, nous trouverons Ja révolte d'Adonias. La tentative d'usurpation de l'héritage de David eut lieu dans les derniers jours de la vie du prophète-roi, c'est-à-dire à l'époque où celui-ci prononçait ses dernières paroles. Les rapports de celles-ci avec le verset 3 de notre psaume s'expliqueraient donc facilement et donneraient de la probabilité à l'hypothèse qui place la rédaction du psaume à la fin de la vie de David.

Le projet formé par Adonias de se faire couronner

(1) Act.,ii, 33.

roi à la place de Salomon (1) avait pour prétexte un prétendu droit à la royauté, dont la mort d'Absalom et de deux autres frères aines aurait investi ce prince, plus âgé que le fils de Betlisabée. Mais la royauté de Juda n'était point nécessairement héréditaire par droit de primogéniture. David n'était point fils de Saiil. La succession au trône du fils d'Isaï avait été réglée par un conseil de Dieu.

Le grand prêtre Abiathar et le guerrier Joab secondaient les prétentions d'Adonias.

Un jour, celui-ci rassembla ses partisans. Il les désirait nombreux afin, disait-il, d'offrir des sacrifices plus solennels. Ni Salomon , ni Nathan , ni David n'avaient été prévenus ; car le but de ces sacrifices était de préparer l'usurpation et de la consommer. Nathan et Betlisabée voient le danger que court Salomon , dont la couronne et la vie sont menacées à la fois. Les promesses de Dieu, le serment de David allaient-ils devenir stériles et vains? Le peuple, inconscient de l'état vrai des choses, était indécis.

Bethsabée et Nathan vont trouver le roi et lui dénoncent la conduite et les ambitions d'Adonias. David prend aussitôt un grand parti, celui de faire immédiatement proclamer roi Salomon aux bords du Gihon; et Nathan lui conféra en effet sur l'heure l'onction sainte.

Pendant que cet événement s'accomplissait, David était resté dans son palais.

C'est alors, suivant plusieurs auteurs, que le vieux roi, au milieu de ses prières, aurait été visité de Dieu , et que pendant une extase il aurait reçu des communications divines traduites aussitôt après dans le psaume cix, psaume court, mais ardent, solennel, dramatique comme

(l)IlIReg.,i, 5-20.

les circonstances , et tout rempli des paroles tombées de la bouche même de Dieu.

Le Messie venait de lui apparaître une dernière fois, sous les traits de Salomon. Dieu le Père le faisait asseoir à sa droite sur son propre trône, et lui adressait des paroles prophétiques qui éclairaient un lointain et mystérieux avenir.

Salomon n'avait en réalité dans la vision que le rôle de figure et de représentant du Messie. La tentative d'usurpation d'Adonias n'est à son tour qu'un point de départ, une pâle et insig-nifiante figure des audacieuses et sanglantes entreprises des Juifs et des incrédules contre le Christ et son Église.

Les protestants ont attaqué cette interprétation du psaume cix par des raisons puériles et inacceptables : David, disent-ils, était trop vieux pour posséder encore la vigueur poétique et guerrière qui respire dans ce cantique ! Sans même recourir à des considérations d'un autre genre, nous dirons que l'ordre énergique par lequel David commanda, sans délai, la consécration royale de Salomon, dément l'état d'affaissement moral où le supposent les rationalistes. Sous le coup des événements et de la vision surnaturelle, le vieux roi a bondi ; l'inspiration du divin poète déborde ; l'âme du guerrier trahi par ses généraux tressaille ; la verve prophétique s'épanche en strophes pressées et sublimes.

Voici la traduction du psaume cix.

Dixil Dominus Domino meo.

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