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CHAPITRE IV

ï2. Jéhovah étendra de Sion le sceptre de ta puissance. Règne au milieu de tes ennemis.

3. Ton peuple généreux au jour des combats brillera d'un saint éclat; ainsi du sein de l'aurore tombe la rosée matinale.

4. Jéhovah Ta juré, et iJ ne s'en repentira pas : « Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech. »

5. Adonaï est à ta droite, Jéhovah; au jour de sa colère il brisera les rois.

6. Il jugera au milieu des nations; il jonchera le sol des corps de ses ennemis ; il leur écrasera le chef.

7. Il boira à l'eau du torrent; et c'est pourquoi il portera haut la tête.

Appréciations critiques.

Le psaume cix a manifestement David pour auteur. Le titre : nICTn inS, psalmus Davidis, l'indique (1). Jésus- Christ, en parlant du psaume, l'attribue à David : « Comment David appelle-t-il son fds son Seigneur (2) ? » Saint Pierre reconnaît également David pour l'auteur du psaume (3). La paraphrase chaldaïque traduit le titre par ces mots : Per manum Davidis.

Si l'on compare avec le verset 3 du psaume cix le verset k du chapitre xxiii du deuxième livre des Rois, chapitre qui contient, comme l'on sait, les dernières paroles de David, on sera frappé de la reproduction d'une même image : dans le livre des Rois, le Messie est comparé à l'aurore , aux gouttes de la rosée du ciel

(1) Il y en a, dit Rosenmuller, qui traduisent « Davidi » ; mais comme S, placé dans les titres des hymnes indique le nom de l'auteur, nous ne doutons point qu'il ne faille traduire c Davidis » [Schol. inpsal. ex, note x\ Cette remarque vaut pour le psaume précédent.

(2) Matth., xxii, 43-45. — Marc, xii, 36, 37.

(3) Act., II, 34.

sur le gazon; dans le psaume cix les représentants du Christ , ses guerriers , sont comparés aussi aux gouttes de rosée tombant sur la terre du sein de laurore. Le psaume tout entier rappelle la grande manière , le caractère noblement épique de David.

On ne peut douter que le psaume cix ne soit messianique et n'ait Jésus-Christ pour objet. C'est à cette conclusion que conduit la saine interprétation de chacun de ses versets, comme nous le montrerons plus loin. Remarquons toutefois dès maintenant que le psalmiste se place en dehors et au-dessus du mosaïsme légal : le monarque intronisé réunit en lui deux caractères inconciliables au point de vue des prescriptions du Pentateuque : le caractère de Roi et le caractère de Prêtre.

Observons aussi que le psaume annonce un futur sacerdoce , celui de Melchisédech , sacerdoce très différent de celui d'Aaron , puisqu'il est un sacerdoce éternel.

En troisième lieu, le Roi assis à la droite de Dieu est Dieu lui-même, puisque ce Roi est appelé Âdondi (v. 5). Il ne peut donc être question au psaume cix de la gloire profane d'un roi de Juda. D'ailleurs , un hymne tout profane n'aurait pas pris place dans le recueil des psaumes chantés dans le temple à la gloire de Jéhovah.

Enfin, le Roi du psaume doit juger toutes les nations; et l'on n'ignore pas que cette qualité de juge universel appartient éminemment au Messie (1).

Le psaume cix, si semblable au psaume ii, si frappant d'analogie avec la prophétie de Zacharie (2), témoigne donc par lui-même de son propre caractère messianique.

La tradition tout entière en a jugé ainsi. Au temps de

(t) Isa., XI, 14, 15; xxv, 10-12; lxih, 16. — Micli., v, 3-6. (2) Zach., vi, 12-13. — Cette prophétie annonce aussi le prètre-roi, fondateur du temple par excellence, l'Église.

Jésus-Christ tous les Juifs interprétaient comme nous ce cantique d'intronisation. Lorsque le Christ, enseignant et révélant sa divinité, disait aux pharisiens : « Si le Christ est seulement fils de David, comment celui-ci rappellet-il son Seigneur? » Jésus attribuait évidemment an psaume un caractère messianique, caractère reconnu par les pharisiens présents qu'il voulait convaincre (1). Or il est évident, comme le dit un commentateur, que si ces pharisiens eussent entendu ce psaume de quelque autre que du Messie , ils se seraient empressés de répondre qu'il s'agissait là, non du Messie, mais d'Abraham, ou de Salomon , ou d'Ezéchias, ou de Zorobabel (2).

Nous avons donc ici comme garant du caractère messianique du psaume Jésus-Christ lui-même. Saint Pierre et saint Paul n'ont fait, en citant ce psaume, que marcher sur la trace de leur divin Maître (3). Aucun psaume n'est plus souvent invoqué par eux en témoignage des prérogatives du Christ.

Le Misdrasch-Téhillim , les rabbins anciens, comme Saadia dans son commentaire de Daniel , J. x\rama et beaucoup d'autres cités dans la synopse de Paulus , acceptent le caractère messianique du psaume cix; et si \i\ tradition juive, à partir du temps de saint Justin, se contredit en l'appliquant tantôt à Abraham, tantôt à Ezéchias, tantôt à Zorobabel, ou même à David, il ne faut

(1) Matth., xxii, 41-i6.

(2) Ce fut tardivement, bien apivs la ré.surreclion de Jésiis-Clirist, que les Juifs cherchèrent à obscurcir le sens du psaume et en détourner l'application. Les uns. au témoignage de saint Jérôme {ad Matth., xxii) et de saini Chrysostome {Psaïm. cix) soutiennent qu'il a été composé pour Abraham par Elitv.er, son serviteur. Kimchi en fait l'application à David. Au témoignage de saint Justin, de TeiiuUien et de saint Ambroise, quelques-un.s ra|)pliquent à Ezéchias; d'autres enfin, dit saint Chrysostome, à Zorobabel.

(3i « Nonenim David ascendit in cœlum... » (Act., ii, 3i.) — I Cor., xv, 9^. —. Hebr., i, 13; v. 0, 10; vil, 17. Î>1 ; \, 13.

voir dans cette contradiction qu'un moyen inventé tardivement pour échapper aux arguments des chrétiens. Cependant les Juifs ne sont pas unanimes à détourner le sens du psaume, et même depuis Jésus-Christ, un grand nombre l'expliquent du Messie et de son empire, comme Haggaon et d'autres cités par Weststen (1).

Les anciens interprètes protestants , et de plus récents, comme Rosenmûller, Stier, etc., reconnaissent que le psaume cix est messianique. « Ce psaume, dit Rosenmiiller, a ceci de commun avec le ii® que l'un et l'autre proclament cette divine promesse de Jéhovah : Un roi naîtra de la race de David , unissant en lui le souverain sacerdoce avec une royauté souveraine. Ce qui ne peut s'entendre que du Messie (2). »

Commentaire du psaume.

L'importance exceptionnelle du psaume cix est tout d'abord déclarée par le psalmiste : Dixit Dominus. C'est Jéhovah qui parle. Le texte hébreu, qui emploie le participe passif au lieu du parfait dixit ^ serait plus littéralement traduit par : dictum Domini. ou plutôt, oracuîum Domini. Car le mot dk:, nous en avons plusieurs fois fait la remarque, n'est employé par les prophètes que pour indiquer les oracles, les prophéties, les décrets de Dieu. Cette expression a donc été choisie par le psalmiste pour faire comprendre que ce qu'il va dire est une résolution immuable, un arrêt éternel de Dieu. Saint Paul disait, pour exprimer la même nuance de pensée : Fidelis sermo ; et Jésus-Christ a caractérisé de pareils oracles par ces mots :

(1) Haggaon, Commentaires sur Daniel, vu, 13 — Weslsten, Comment, sur saint Matthieu (xxii, 44).

(2) Schol.inpsalm. ex.

chapitbh: IV. 435

« Le ciel ci la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. »

Il nous semble que David avait été placé par Dieu, lorsqu'il reçut cette communication du ciel, dans l'état extatique où se trouva saint Paul ravi au troisième ciel et entendant des paroles pleines de mystère (1). Je compare encore David, dans cette occasion, à saint Jean recevant ces révélations de l'Apocalypse qui contiennent les desseins éternels de Dieu pour toute la suite des temps.

(( Puisque, dit Bossuet, l'une des qualités par laquelle le Christ devait être le plus connu, était celle de fils de David, il était beau que ce fût David qui nous apprît à le connaître.

« Qu'il est beau que le Christ ait été vu de ses pères ! d'Abraham, qui a vu son jour et qui s'en est réjoui; de David qui, ravi de ses grandeurs, quoiqu'il dût être son fds, l'avait appelé son Seigneur.

«■ Comme en Abraham étaient données les promesses de la multiplication des fidèles de Jésus-Christ, en David étaient données celles de son empire éternel. Puisque Dieu lui avait promis en David un trône qui durerait plus que le soleil et la lune, il était beau que David, à qui ce trône était promis en figure de Jésus-Christ, fût le premier à reconnaître son empire en l'appelant son Seigneur : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur. » Comme s'il eût dit : En apparence, c'est à moi à qui Dieu promet un empire éternel; mais en vérité c'est à vous, ô mon filsî qui êtes aussi mon Seigneur, qu'il est donné. Et je viens en esprit, le premier de tous vos sujets, vous rendre hommage dans votre trône, à la droite de votre Père, comme à mon souverain Seigneur (2). »

(1) II Cor., XII, 4.

(2) Méditât, sur les Évangiles, du dim. des Rameaux à la Cène, 52\i.

« Jéhovah a dit à mon Seigneur. »

Pour rendre l'hébreu et bien faire comprendre la qualité et la différence des interlocuteurs, il faudrait traduire non point comme la Vulgate : Dixit Dominus Domino meo, mais ainsi : Jéhovah a dit à Adonaï. Jéhovah, c'est Dieu le Père qui parle au V^erbe fait homme, A Jésus-Christ, Seigneur et Dieu, Adonaï.

« Jéhovah, dit Bellarmin, désigne Dieu s/wip/ic/Ycr, Deus; Adonaï, le Fils de Dieu incarné, Dominus. Deus, Jéhovah, ne convient qu'à la nature divine; Adonaï, Dominus, convient au Fils selon ses deux natures, car il est donné quelquefois aux hommes et quelquefois à Dieu. Le texte hébreu conserve ainsi, par ces deux noms, la vérité théologique mieux que les traductions grecque et latine, qui n'ont employé qu'un seul et même mot : K-jpto;, Dominus (1). »

Par cette expression : à mon Seigneur, David indique nettement la distance de dignité qui existe entre lui, David, et le Messie apparaissant sous les traits de Salomon. Si le psalmiste n'avait vu en ce dernier que le fils de Bethsabée et non le Christ, il eût appelé Salomon son fils et non son Seigneur, et surtout son Dieu. Il n'aurait pas même pu se déclarer son serviteur, son inférieur. Après Fintronisation de Salomon, David conservait son titre de roi; il ne lui était pas permis, sans méconnaitre sa situation et oublier sa dignité, d'appeler son fils, son Seigneur. C'est ce que Jésus-Christ lui-même fit observer aux pharisiens, qui, ne voulant point confesser la divinité du Christ et ne comprenant rien à ces grands

(1) Bellarmin., E.rpL in psnl. cix. Adonaï désigne le Christ selon ses deux natures, dit saint Anibroise. Comme homme, Dieu lui dit de s'asseoir; commo Dieu, Fils de Dieu égal au P*'re, il prend i»lace à sa droite : AmHt quasi homo. ^c.det quasi Filixs.

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