‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 279 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et de là elle a passé dans les symboles, dans les écrits des Pères et dans le langage chrétien.

« Jusqu'à ce que je réduise tes ennemis à te servir de marchepied. »

Ces paroles font allusion à une coutume orientale dont la Bible et l'histoire nous ont conservé des exemples. Josué, ayant pris cinq rois chananéens , commanda aux princes d'Israël de leur mettre les pieds sur la gorge avant de les crucifier (1). Sapor, roi de Perse, se servait de l'empereur Valérien comme de marchepied pour monter à cheval. Tamerlan traitait de même Bajazet, son illustre prisonnier. Le fameux bas-relief du rocher de Béhistoun représente Darius foulant à ses pieds un ennemi vaincu qui, les deux mains tendues vers le prince, semble implorer sa pitié (2).

La conduite de Dieu dans le gouvernement de son Église est exprimée ici dans toute sa vérité. Dieu laisse pendant un temps le méchant, l'impie abuser de leur intelligence, de leurs facultés, de leur pouvoir emprunté : tout alors semble réussir au superbe en révolte contre le Christ. Mais la prospérité du méchant passe vite; et Dieu triomphe un jour avec d'autant plus d'éclat que l'ennemi de son Église a été plus audacieux et plus superbe.

Ce qui se réalise à l'égard de l'impie, en particulier, arrive pour les naMons. Mais c'est surtout à la fin des temps que la parole du psaume se justifiera pour le monde entier. « A chacun son tour, dit saint Paul : la fin de toutes choses viendra. Le Christ remettra son royaume à Dieu son Père , après avoir détruit tout empire, toute

(1) Jos., X, 24.

(2) Journal of Asiaslic Society, t. XIV, text at Behistun.

domination, et toute puissance. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce que son Père lui ait mis tous ses ennemis sous les pieds, même la mort, le dernier ennemi. Et quand toutes choses auront été assujetties au Fils, alors le Fils sera lui-même assujetti à Celui qui lui aura soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous (1). »

« Jésus, dit Bossuet, demeurera assis à la droite de Dieu jusqu'à ce qu'il vienne encore une fois juger les vivants et les morts. C'est précisément ce que nous disons tous les jours dans le symbole : Il est assis à la droite de Dieu d'où il viendra juger les vivants et les morts. Alors donc il en sortira pour les venir juger. Mais il retournera bientôt prendre sa place avec tous les prédestinés qui ne feront qu'un avec lui, et il donnera à Dieu ce royaume entier, tout le peuple sauvé, c'est-à-dire le chef et les membres : Et Dieu sera tout en tous (2). »

L'Apocalypse (3) révèle la victoire complète et finale que le Christ doit remporter sur ses ennemis, sur les Juifs endurcis, sur les Gentils persécuteurs, et ajoutons-nous, sur l'impiété du monde moderne, sur les athées, les hérétiques, les rationalistes de toute nuance qui, par le prestige d'une fausse science, pervertissent les intelligences.

Le verset 1, en montrant l'action du Père qui triomphe des ennemis du Christ, n'exclut point l'action du Fils. C'est ce qu'observe Bellarmin lorsqu'il dit : Omnis actio quœ ad potentiam pertinel ^ Pairi solet tribui, quamvis etiam FUio qui quod Pater operatur, etiam illud operatur, sit communis.

La preuve de l'action commune du Père et du Fils est contenue dans le verset suivant.

(1) I Cor., XV, 23 et seq.

(2) Bossuet, Mcditaiions su7'les Évangiles, loc. cif.

(3) Apoc, V, 5; XII, xvii, xvni, xix, 1-6, etc.

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