CHAPITRE V
mena au camp, Mahandim, et lui fit enfin déférer la royauté sur Galaad, Gessuri, Jezrad, Éphraïm, Benjamin, et sur tout Israël (1).
David répugnait à la guerre civile. Il laissa donc Isboseth tranquille, résolu d'attendre les décisions de la Providence. Elle lui avait été si favorable jusqu'alors, qu'il ne doutait pas qu'elle achevât son œuvre si admirablement commencée. L'ami de Jonathas se rappelait aussi le pacte qu'il avait juré : pouvait-il oublier de ménager la famille de Saiil, comme il l'avait promis? — David n'attaquera pas son rival ; il se bornera à maintenir sa propre situation à Hébron, comme roi de Juda (2).
Mais Abner n'acceptait point cet état de paix. Il sortit de son camp et vint à Gabaon pour livrer bataille au général de l'armée de David, à Joab, fils de Sarvia (3).
Les commentateurs ont remarqué que David, honteux de cette guerre, ne voulut point y prendre part de sa personne. Il ne se résignait à verser ni le sang de la famille de Saiil ni celui de ses futurs sujets.
Nous ne savons rien des luttes que se livrèrent entre eux Joab et Abner au cours de ces sept années. Ainsi qu'il arrive dans les guerres civiles , les haines privées s'ajoutèrent sans doute aux animosités des deux partis. Joab, dont le frère avait été, dans le premier combat, tué par Abner, lui avait voué une aversion qui ne s'éteignit que dans le sang de son ennemi lâchement assassiné au
(1) II Ueg., II, 8-9.
(2) II Reg., II, 10-11. Comme David a régné sept ans et demi à Hébron, je n'ai pas le moindre doute, dit M. de Saulcy, en lui attribuant l'enceinte sacrée d'Hébron, et j'y vois avec Josèphe un appareil judaïque des premiers temps de la royauté. Les blocs du Haram d'Hébron ont la même dimension qu'au Haram de Jérusalem. Leur bossage ofFre le môme caractère, bien <iu'il ne soit pas exécuté par les mêmes moyens. (Foj/^^c en Terre-Sainte, t. II.)
(3) II Reg., Il, 12-15.
moment où, irrité par la conduite d'Isboseth à son égard, l'ancien général de Saûl, résolu de se rapprocher de David, lui amenait à Hébron sa femme Michol. Satil, qui savait sa tendresse pour David , l'avait mariée de force à Phaltiel," fils de Laïs, qui l'aimait éperdument. L'Écriture raconte à ce sujet un fait intéressant.
Elle montre ce second mari suivant en pleurs Michol jusqu'à Bahurim, sur la route d'Hébron, en vue de Jérusalem . Il ne voulait pas la quitter. Abner fut obligé de le renvoyer durement : « Allez, lui dit-il, retournez- vous-en. » Et le pauvre mari éconduit dut s'en retourner. David n'aimait pas moins Michol. On ne dit point que celle-ci ait eu une préférence. Infortunée femme d'Orient, elle n'avait rien à dire : on ne la consulta point.
Nous voulons mentionner un épisode où se révèlent une première fois la perfidie et la cruauté de Joab, cet homme habile, vaillant et malfaisant, qui abreuva de chagrin son maître, tout en lui rendant les plus grands services qu'un général peut rendre à son roi.
Joab, vainqueur comme il le fut toujours, rentrait à Hébron, chargé d'un butin considérable pris sur des brigands qu'il venait de tailler en pièces. On lui dit qu'Abner était venu voir David, et qu'il s'en retournait en paix. Joab aussitôt va trouver le roi : « Qu'avez- vous fait? dit-il. Abner est venu se mettre entre vos mains et vous l'avez laissé s'en aller! » — Sans rien dire à David, il dépécha des courriers à Abner et le décida à revenir sur ses pas. Joab l'attendait à la porte d'Hébron, sous le portique où les juges vidaient les procès. Il le tire à part, comme pour lui parler en secret ; mais perfidement il lui plonge tout entière son épée dans les entrailles.
Au désir d'une vengeance personnelle s'ajoutait sans doute chez Joab la crainte d'avoir en Abner un rival dans