‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 29 sur 291 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la faveur du roi. David, profondément irrité de ce crime, n'osa pourtant pas punir un homme qui était un des plus fermes soutiens de sa couronne. Mais il témoigna publiquement de l'horreur que lui inspirait cet assassinat ; contrairement à l'usage, il mena le deuil funéraire; il fit plus: il épancha sa douleur dans un chant élégiaque dont le commencement nous est parvenu :

0 Abner, devais-lu périr d'une telle mort? Tes mains, ô Abner, ne furent jamais captives, Jamais tes pieds ne connurent les chaînes : Tu meurs frappe par une main criminelle (1).

Quant à Isboseth, deux chefs de bandes, espèce de condottieri, qui en ce moment étaient à son service, voyant sa cause perdue , lui tranchèrent la tête et l'apportèrent toute sanglante à David. On sait que, repoussant cet horrible gage de soumission et toute solidarité dans l'attentat, le roi fit sur-le-champ exécuter les deux traîtres (2). Il comprenait bien que de tels crimes pouvaient lui aliéner des cœurs qui, en ce moment, s'offraient de toutes parts volontairement à lui.

La mort d' Abner et d' Isboseth avait mis fin à toutes les hésitations. D'un élan unanime, les tribus rebelles se portèrent en masse à Hébron avec un enthousiasme indes- <îriptible. L'auteur sacré évalue la foule à trois ceiit quatrevingt-cinq mille hommes. C'était tout Israël qui venait à David. c( Noué sommes, lui disaient-ils, l'os de vos os, la chair de votre chair. Depuis longtemps , alors même que Saiil régnait sur nous, vous nous conduisiez au combat et nous rameniez triomphants. Jéhovah vous a dit : Vous

(1) IIReg., m.

(i) II Reg., IV.

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serez le pasteur de mon peuple et le chef cV Israël. Régnez donc sur nous (1). »

David profita de l'enthousiasme national et de la réunion des guerriers d'Israël, pour réaliser une grande pensée de son règne : la fondation d'une capitale. Le siège du naissant royaume devait être une de ces places où la nature vient en aide au courage qui veut se défendre. La nation juive s'était mise en hostilité avec tous les pays environnants : elle ne pouvait se maintenir que par la guerre ou par la victoire. Il lui fallait donc pour emplacement de sa capitale une situation formidable. La citadelle de Jébus offrait cette situation. A l'orient, la profonde vallée appelée plus tard vallée de Josaphat séparait cette forteresse du mont des Oliviers et la rendait imprenable ; au midi, le ravin escarpé du Géhennon ou Ben-Hinnon ; au couchant la pente raide du mont Sion complétaient la défense du lieu. C'est là que le roi des douze tribus avait arrêté son regard : son coup d'œil pénétrant y avait marqué le théâtre de la puissance des Hébreux (2).

David propose ce but à la noble ardeur de ses Israélites. « Voilà, leur cria-t-il , cette forteresse de Jébus qui brave depuis si longtemps tous les efforts du peuple d'Israël. Ses défenseurs se flattent de ne la défendre qu'avec les aveugles et les boiteux. Le premier d'entre vous qui aura escaladé les remparts sera créé prince du peuple et chef de l'armée. » Ce fut Joab qui arriva le premier. Il massacra les soldats de la forteresse et la livra à son maitre. David s'y construisit une demeure fortifiée et y transporta le siège de sa puissance, jusqu'alors fixé à Hébron (3).

(1) II Reg., V. — I Par., xi, xii, 38.

(2) Cf. Poujoulat, Histoire de Jérusalem, p. 28.

(3) II Reg., V, G-y. — I Parai., 4-8, vi.

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