‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 282 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le premier membre de phrase du verset 4 annonce le second et lui sert comme dïntroduction. Il y a dans cette forme de langage une solennité qui appelle vivement l'attention et montre l'importance exceptionnelle des choses qui vont être dites. Nous avons déjà remarqué le début du psaume, dont la fidèle traduction serait : Oracle de Dieu; mais le premier hémistiche du verset k est plus solennel encore; et si on voulait le ramener à la forme du verset 1 , il faudrait traduire : Serment de Jéhovah , serment sans repentance. Il est évident en effet que le verset 4 ajoute à lïdée d'oracle, celle de l'irrévocabilité garantie par le serment divin. Si nous savons par voie d'oracle que le Messie siège à la droite de son Père , nous savons par le serment de Jéhovah que ce Messie-Roi y siège comme prêtre, prêtre pour Féternité, prêtre de l'ordre de Melchisédech.

Le serment sera sans repentance : allusion aux regrets exprimés par Dieu à l'égard de la création de l'homme (1), et de l'élévation de Saul au trône royal (2). On sait que ces deux mots sans repentance sont une pure manière de parler, puisque Dieu, qui prévoit tout, ne peut être surpris par les événements, ni par conséquent se repentir. C'était, dans la Genèse et dans le livre des Rois, une manière de faire comprendre à l'homme la grandeur de son ingratitude à l'égard des bontés divines. Dans le verset 4, la locution qui nous occupe, exprime que, malgré l'indifférence ou les outrages dont le sacerdoce de Jésus- Christ sera l'objet, la médiation miséricordieuse du Prêtre-Roi ni son sacrifice établis en faveur des hommes ne prendront jamais fin à travers les siècles.

(1) Gen., Yi, 6.

(2) Il Reg., XV, 10-11.

« Ta es prêtre. »

La traduction chaldaïqiie n'a pas rendu le vrai sens de 7,-13, sacerdos^ par le mot princeps, ni le rabbin Kimchi, parlemotf^îij*. Cependant les paroles qui suivent : selon r ordre de Melchisédech ^ auraient du empêcher toute méprise. Car Melchisédech , d'après la Genèse (1), était prêtre et parce qu'il offrait du pain et du vin, et parce qu'il bénissait, fonctions qui n'appartiennent point aux rois, et enfin parce qu'il recevait la dime. Saint Paul, dans sa lettre aux Hébreux, appelle constamment Melchisédech prêtre, ispsjç.

Annoncer aux Israélites que le Messie serait revêtu d'un sacerdoce autre que le sacerdoce de Lévi, était un fait considérable, une véritable audace de la part du psalmiste.

Ni Asaph, ni aucun prêtre de Lévi, n'eussent impunément tenu un pareil langage. Isaïe, Malachie , Daniel, n'avaient pas encore prédit les changements profonds, les transformations que, de leur temps, réclamaient les déchéances du sacerdoce de Moïse. On aurait pu alors, et surtout au temps des juges, mal augurer de son avenir, tant cette institution était avilie ; mais après les sages réformes introduites par David, en pleine renaissance lévitique, pouvait-on en prévoir la décadence et la disparition Aussi n'était-ce pas l'indignité des personnes que visaient les paroles de David, mais le caractère d'une institution purement figurative et destinée à disparaître. Le roi-prophète avait vu dans son extase s'évanouir le sacerdoce d'Aaron devant le sacerdoce de Jésus-Christ. Pour ces raisons David, inspiré de Dieu, pouvait seul faire et publier une telle prophétie (2).

(1) Gen., XIV, 18.

(2) Voir ce que nous avons dit sur le même sujet, Ps. xxxix, y. 7 et 8, p. 247 et suiv.

CHAPITRL: IV. 467

Ces réflexions confirment à la fois la tradition qui attribue à David le psaume cix et le fait de l'inspiration divine du même psaume.

(( Prêtre pour l'éternité. »

Le prêtre en général, dit saint Paul, « est choisi parmi les hommes, est établi pour eux afin d'être leur médiateur entre la terre et le ciel, pour offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. »

Le prêtre par excellence, le Christ, « parce qu'il est éternel, exerce un sacerdoce éternel; et éternellement aussi il peut être l'avocat et le sauveur des hommes qui, par son intermédiaire, s'approchent de Dieu ; car le Christ est toujours vivant afin d'intercéder pour nous (1). »

Ainsi le Christ, assis comme Roi à la droite du Père, y siège aussi en qualité de Prêtre éternel.

Le sacerdoce mosaïque devait prendre fin ; mais le sacerdoce du Christ ne peut avoir de terme, ni dans le temps, ni dans l'éternité. L'ancienne loi et son sacerdoce étaient étroitement liés ensemble ; la cessation de l'une devait entrahier la suppression de l'autre. Tout était préparation, figure, prophétie, imperfection avant Jésus- Christ. Mais avec le Messie commence un ordre nouveau. Le sacrifice sanglant des taureaux et des génisses cède la place à un sacrilice d'un prix infini , dans lequel la victime a par elle-même une vertu d'expiation et de satisfaction adéquate à la malice du péché. Un tel sacrifice ne peut être remplacé par aucun autre ; et le prêtre qui l'offre , c'est-à-dire Jésus-Christ, est le prêtre de l'éternité.

« Le sacerdoce de Jésus-Christ est éternel, et voilà, dit Bossuet , ce que signifient ces paroles : Vous êtes pontife

(1) Ad Hebr., i, 13; V, 6, 14 ; vu, 17, 21 ; x, 12, 13.

à jamais. Vous n'avez ni commencement ni fin. Ce n'est point un sacerdoce qui vienne de vos ancêtres , ni qui doive passer à vos descendants; votre sacerdoce ne passe pas en d'autres mains : il y aura sous vous des sacrificateurs et des prêtres, mais qui seront vos vicaires , et non point vos successeurs. Vous célébrerez pour nous un office et une fête éternellement , à la droite de votre Père. Vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui l'apaisent et nous sauvent. Vous lui offrez nos prières, vous intercédez pour nos fautes, vous nous bénissez, vous nous consacrez. Du plus haut des ci eux , vous baptisez nos enfants , vous changez des dons terrestres en votre corps et en votre sang, vous remettez les péchés, vous envoyez votre Saint-Esprit, vous consacrez vos ministres, vous faites tout ce qu'ils font en votre nom. Quand nous naissons, vous nous lavez d'une eau céleste ; quand nous mourons, vous nous soutenez par une onction confortative ; nos maux deviennent des remèdes , et notre mort , un passage à la véritable vie (1). »

« Selon l'ordre de Melchisédech. »

« Jésus-Christ en tant qu'homme, dit Théodoret, descend de David, et David descend de Juda. Mais le Christ, en tant que prêtre, est exclusivement de l'ordre de Melchisédech. » L'ordre lévitique de la descendance d'Aaron a complètement cessé, et le prêtre de la nouvelle alliance, Jésus-Christ, n'a quant à son autorité, à sa juridiction, à son sacrifice, rien emprunté à la tribu de Lévi. Il descend de Juda selon la chair. Moïse était le type figuratif du Christ considéré comme prophète. David et Salomon furent les types du Christ considéré comme roi ; mais Mel-

(1) Bossuet, Méditations sur les Évangiles : des Rameaux à la Cène, 52« j .

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