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CHAPITRE IV

chisédech, dont la génération est un mystère, était seul type et figure du Messie-Prêtre.

Le sacrifice du pain et du vin de Melchiséde ch , figurait beaucoup plus parfaitement le sacrifice de Jésus- Christ que Fimmolation sanglante des animaux. Celle-ci, ne pouvant par elle-même sanctifier les âmes et devant , selon Daniel (1) , prendre fin dans la dernière semaine d'années prédite par ce prophète , ne pouvait suffire à donner une idée satisfaisante de la merveille eucharistique, du sacerdoce de la nouvelle alliance , des formes sensibles du mystère ni de l'éblouissante pureté de l'hostie de nos ostensoirs. Aussi Jésus-Christ semble-t-il écarter la pensée des types mosaïques trop imparfaits et la diriger vers Melchisédech , roi de Salem, et son sacrifice non sanglant du pain et du vin. Abel, Abraham et les patriarches n'avaient pas le caractère sacerdotal : ils offrirent des sacrifices en qualité de chefs de famille. Melchisédech offre son sacrifice comme prêtre.

La sainte Écriture dit expressément que Melchisédech était prêtre et prêtre du Très Haut (2), c'est-à-dire prêtre du vrai Dieu et non prêtre des idoles.

Lorsqu'on considère les titres de Melchisédech à représenter le Christ, on s'étonne de les voir si bien notés dans les brèves paroles que lui consacre la Genèse. On trouve dans l'examen de ces titres une preuve de plus de l'économie divine de la préparation de la Rédemption à travers les siècles. Des faits en apparence peu importants avaient un avenir immense, et ce n'est que par une providence particulière de Dieu que les auteurs sacrés les ont recueilhs et enregistrés si exactement. Pourquoi le petit roi de Salem , ce prêtre inconnu qui offre le pain et le

(1) Dan., IX, 27.

(2)Gen., XIV, 18.

vin devant Abraham , se trouve-t-il mentionné avec tant de soin dans un livre qui sous le rapport historique est si bref et si rempli de lacunes? C'est par un conseil particulier de Dieu , qui a voulu nous montrer que le sacerdoce de Jésus-Christ, et tout particulièrement le sacrifice eucharistique, ont toujours été présents à sa pensée, qu'ils sont entrés dès le commencement dans le plan de la Rédemption , et que rien de ce qui le prédisait ne devait se perdre.

Arrêtons-nous ici et considérons les titres de Melchisédech à représenter Jésus-Christ en tant que prêtre, Jésus-Christ en tant qu'instituteur de l'Eucharistie.

Ainsi qu'il est arrivé pour Jésus , le titre de prêtre s'ajoutait chez Melchisédech au titre de roi. Il était roi d'un royaume qui s'appelait la paix , dW ou Dlb'^z;. Or, la voix des anges a qualifié le royaume de Jésus- Christ, au jour de sa naissance, par ces paroles : Paiœ aux hommes de bonne volonté. La royauté du Christ est la royauté de la paix , de la paix intérieure des âmes , de la paix entre le ciel et la terre (1).

Cette réunion de la royauté et du sacerdoce avait été révélée aux prophètes : <( Voyez l'homme qui s'appelle Orient, avait dit Zacharie (2), Vir Oriens nomen ejus : il bâtira le temple (spirituel) du Seigneur. Il sera magnifique, il s'assiéra sur son trône; il sera prêtre sur ce trône : le sacerdoce et la paix régneront ensemble. »

C'estun fait très extraordinaire qu'au sein deTancienne loi interdisant aux rois les fonctions sacerdotales, comme on le voit par la punition d'Osias (3), les prophètes aient

(1) [pse est pax nostra qui fecittitraque nnum.,. nt reconciliet ambos Deo (Eph., II, 14).

(2) Zach., VI, 12, 13.

(3) II Paralip., xxvi, 16-21.

réuni sur la tête du Messie ces deux dignités inconciliables de prêtre et de roi.

Melchisédech offrit le pain et le vin comme prêtre du Très Haut, figurant ainsi Jésus-Christ offrant son corps et son sang sacrés à ses disciples la veille de sa mort, sous les espèces du pain et du vin.

Remarquons que Melchisédech, dans cet acte plein de mystère, n'agissait point comme les prêtres lévitiques dont le rôle se bornait à offrir simplement des dons apportés par d'autres. Melchisédech offrait et donnait à la fois la matière du sacrifice, comme Jésus-Christ au jour de la cène donnait et offrait à ses disciples son propre corps et son propre sang.

Melchisédech , qui apparaît dans la sainte Écriture pour ainsi dire ex abrupto^ y est mentionné, dit saint Paul, « sans le nom de son père (contrairement aux coutumes juives), sans le nom de sa mère, sans généalogie », bien que les familles sacerdotales gardassent avec soin et montrassent avec orgueil le registre des noms des ancêtres. Nous ne connaissons ni les origines de Melchisédech , ni l'histoire de sa fin. N'y a-t-il point là l'ombre , la figure de ce qui s'est réalisé dans la personne de Jésus-Christ, (pii n'a point eu de père selon la chair, et point de mère selon là nature divine? Generalionem ejus quis enarrahit? Saint Paul l'a pensé; et saint Jean Chrysostome a caractérisé par les paroles suivantes le silence de la sainte Écriture : ïYPicuM hoc de 3îelchised€ch silenlium, et il ajoute : m Christo plene impletur. Sans doute on ne peut douter que Melchisédech n'ait eu des parents; mais sa famille n'est pour rien dans son sacerdoce, pour rien dans son sacrifice ; et c'est ce que l'omission de toute généalogie veut dire dans la sainte Écriture. Prêtre sans aïeux exerçant le sacerdoce, il n'eut j^oint de successeur prêtre. Ce

fut un prêtre unique, unique à sa manière , comme Test Jésus-Christ, dont les prêtres de la nouvelle loi ne sont que les organes consacrés. Le sacerdoce des prêtres n'est autre que le sacerdoce même de Jésus-Christ , vrai et unique prêtre s'offrant, remettant les péchés par des ministres qui exercent en son nom. Jésus-Christ emprunte , pour ainsi dire , les mains et la bouche des prêtres de la nouvelle loi : Sacerdos unus et universalis Christ us y nous disent les saints Pères.

La sainte Écriture ne mentionne qu'un seul sacrifice offert par Melchisédech. Jésus-Christ ne s'est offert qu'une seule fois sur la croix ; et la sainte messe n'est que la continuation de ce sacrifice, d'un prix infini et satisfaisant adéquatement , ou plutôt surabondamment.

Tandis que les sacrifices lévitiques devaient être, suivant la loi, offerts dans l'enceinte du temple de Jérusalem, le sacrifice de Melchisédech apparaît affranchi de toute condition de lieu , semblable au sacrifice eucharistique offert sous toutes les latitudes, « du couchant à l'aurore » , ainsi que parle le prophète.

Ce que nous venons de dire des rapports figuratifs du sacrifice de Melchisédech avec le sacrifice de Jésus-Christ, justifie et explique ces mots du psalmiste : secundum ordinem Melchisédech. Le psalmiste prédisait par là un sacrifice unique, universel^ offert dans sa forme sacramentelle , sous les espèces du pain et du vin. L'Épltre de saint Paul aux Hébreux justifie de tout point cette interprétation.

Qu'on ne dise pas que le psalmiste ne parle pas de sacrifice : il n'y a point eu de vrai sacerdoce sans sacrifice. D'ailleurs l'Ancien Testament se complète luimême , et si dans le verset 4 il n'est question que du prêtre, dans le prophète Malachie (1) il est fait manifeste

(1) Malach., i, 10-11.

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