CONQUÊTES I)K DAVID
Si nous possédions des documents étendus et complets, nous permettant d'étudier, dans leur ensemble et dans leurs incidents variés, toute l'histoire des conquêtes de David, les campagnes successives, les combats avec leurs péripéties, les périls, les actions d'éclat, les mouvements décisifs de ses armées, enfin les victoires, il y aurait là un chapitre d'histoire militaire plein d'intérêt et, sans doute, d'émotion. On s'étonnerait de voir le grand capitaine dans l'homme qu'on ne considère le plus souvent que comme le psalmiste par excellence, le pieux et saint Voyant, roi, sans doute, mais avec une royauté dont on ne soupçonne ni l'activité féconde ni la gloire. L'histoire des exploits guerriers de David ne semble avoir été composée que d'après les rapides bulletins des armées en campagne : en les lisant on croirait, si le théâtre de la guerre n'était pas plus étroit , et les résultats moins importants, lire une page de la conquête de l'Asie par Alexandre. Entrons dans ce rapide et saisissant récit.
La prise de Jébus blessait trop profondément l'orgueil des Philistins, dont elle brisait les ambitions, pour qu'ils laissassent David s'établir paisiblement dans sa conquête. Ils se jetèrent comme un torrent dans la vallée de Raphaïm pour s'emparer de Bethléem. Le nouveau roi s'a-
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vance à leur rencontre. Un premier combat a lieu à Baal- Pharazim, un second à Gabaa, tous deux couronnés d'un éclatant triomphe (1).
Ce résultat obtenu, David poursuit sa victoire et refoule les Philistins jusque sur le littoral de la Méditerranée, reculant à l'ouest les frontières de Dan et de Siméon. Pour assurer de ce côté la tranquillité de ses États, il s'empara de la ville maritime de Geth et de la contrée environnante. Désormais les Philistins seront dans l'impuissance de renouveler les coalitions formidables qui avaient pendant si longtemps fait trembler Israël.
Cette première expédition heureusement terminée, le roi victorieux pousse son armée sur les Moabites, au delà de la mer Morte , à la limite orientale de la tribu de Ruben. Abrités derrière les montagnes d'Arabie , ces peuples nomades, se découvrant tout à coup, désolaient par leurs irruptions le territoire des Rubénites. David les enferma dans les lignes de son armée. D'après le droit de guerre de ces temps barbares , il eût pu en faire un massacre général : il restreignit cette horrible exécution. On fit coucher à terre les Moabites pris les armes à la main : on mesura au cordeau l'espace qu'ils occupaient ; et on les tua sur les deux tiers de la longueur ; le reste, avec les femmes et les enfants, fut épargné ( 2). Ainsi Moab fut réduit à l'état de vassalité et condamné au tribut envers Israël. Deux victoires avaient suffi pour étendre la domi-
(1) II Reg., V. — I Parai., XI.
(2) II Reg., VIII, 2. Le texte racontant ces faits est très obscur et a été ex|)liqué diversement (V.Menochius). Les Paralipomènes (I, c. xviii, v.2)ne le reproduisent pas. Cet acte de David paraît inexplicable , surtout après le service que le roi de Moab lui avait rendu (I Reg., xxii, 3, 4). Nous prions Je lecteur de se reportera ce que nous avons dit, touchant les rigueurs exercées contre les nations étrangères, aux Prophéties contenues dans les deux premiers livres des Bois, p.