CHAPITRE M
clans le combat. Cette sanglante défaite détacha tous les Syriens de l'alliance d'Hadarézer. Ils se soumirent aux conditions de paix que leur imposa David, et renoncèrent dès lors à secourir les Ammonites (1).
Joab laissa ces derniers en paix jusqu'à l'année suivante. Quand le printemps fut venu, au temps où les rois ont coutume d'aller à la guerre, l'intrépide général voulut réaliser la prise de Rabbath-Ammon. Le siège fut long et difficile : il fallut détourner le cours d'eau qui traversait la ville avant de livrer un suprême assaut. Quand Joab vit que le moment de la victoire était arrivé, sentant qu'il avait beaucoup à se faire pardonner de David, il fit dire au roi son maître : « Rabbath est cernée : venez terminer la guerre ; ainsi on ne songera pas à m'attribuer l'honneur du succès, et c'est de vous cjue l'on dira : Voilà le vainqueur de Rabbath. » David vint en effet rejoindre l'armée.
Tout fut solennel et terrible. David commandait en personne; l'arche était placée au milieu du camp (2). Les sorties, les combats, les victoires, les vengeances firent couler le sang à flots.
Jusque-là, David s'était montré clément avec ses ennemis; à ce moment de sa vie, il se montra cruel. L'horrible supplice infligé aux habitants de Rabbath , après la prise de cette ville, démentirait le renom de douceur que le fils d'Isaï s'était acquis, s'il était permis de juger l'homme par un fait unique dans sa vie. On fit sortir tout le peuple de la cité et on le massacra de la manière la plus affreuse. Les uns furent coupés avec des scies, les autres mis en pièces avec des couteaux ; d'au-
(1)11 Reg., X. - I Parai., xix.
(2) If Reg.. XI, 11.
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très furent jetés dans les fours à briques ; d'autres enfin étendus à terre et broyés sous les rouleaux de fer dont on se servait pour battre le grain.
Il est à penser que David céda en cette occasion à la pression de ses soldats demandant contre leurs ennemis perfides et cruels de terribles représailles, excusées en partie par la barbarie commune alors à tous les peuples. Jusqu'au seuil des temps modernes ne voyons-nous pas les restes de cette cruauté antique? Qu'on se rappelle les massacres des Pays-Bas et les vengeances de Limoges; et pourtant le Prince Noir, qui sévit si cruellement dans cette ville, avait d'ordinaire Fâme généreuse comme en témoigne le reste de sa vie.
D'ailleurs, David fut-il bien l'auteur de ces atroces exécutions? Joab eut la part principale dans toute l'affaire : vu le caractère et les antécédents de ce général , n'est-ce pas à lui plutôt qu'il faut les rapporter?
La couronne royale ou couronne de Melchom fut placée sur la tète de David, et, selon la relation de l'historien Josèphe, il la porta dans la suite dans toutes les occasions solennelles (1). Suivant la tradition des Hébreux, c'était le diadème du dieu des Ammonites, Melchom ou Moloch (2). Éthaï le Géthéen avait, dit-on, arraché cette couronne de la tète de l'idole et l'avait portée à David.
La paix générale qui suivit cette guerre fut célèbre. Le nom de paix, ah'C, fut donné au fils qui naquit à David au milieu des événements qui préparaient la pacification.
A Imtérieur comme à l'extérieur se vérifiaient les prophéties du Pentateuque (3). Le royaume occupa tout le centre de la région qui s'étend entre TEuphrate et le
(1) Aniiq. JucL, vu, 5.
(2) Hieronym., Quœstiohebr. ad IIReg., xii, 30.
(3) Gen. xv, 18; XLix, 8. — Exod., xxiii, 31. — Deuter., \ï, 22-24.