CHAPITRE VI
Nil. David fit, au milieu de ses victoires, un prodigieux butin et sut profiter du résultat de ses heureuses campagnes jusqu'à la Mésopotamie, presque au pied des montagnes de l'Arménie. L'ambition d'Israël se montra satisfaite ; elle ne convoitait rien au delà des deux fleuves, limites imposées par Dieu à la Gentilité. A ce moment de l'histoire, Israël avait conquis puissance et renommée dans les pays environnants.
David, dans un rayon moindre sans doute, mais avec autant de grandeur personnelle, se montra conquérant à l'égal de Rhamsès et de Cyrus. C'est à lui que le Seigneur avait dit : « J'ai rendu ton nom illustre comme est celui des grands qui sont sur la terre ; tu as répandu beaucoup de sang et tu t'es trouvé en une foule de batailles (1). »
Les relations des peuples avec Israël, si fugitives qu'elles aient été , ont une grande importance dans l'histoire. Il y a longtemps que le nom de beaucoup de rois et même de peuples aurait péri si tout autre que le peuple de Dieu les eût combattus et vaincus. La religion, qui est immortelle, communique quelque chose de son privilège à tout ce qu'elle touche. Les Juifs doivent au Christ crucilié par eux leur renommée et leur étonnante durée.
Les guerres foudroyantes contre les Moabites et les Ammonites signalent l'apogée de la gloire militaire de David; mais, il faut le reconnaître, elles revêtent un caractère frappant de cruauté ; et particulièrement le traitement auquel furent soumis les habitants de la ville de Rabbath, broyés sous des rouleaux de fer et brûlés dans des fours à briques, nous étonne et nous indigne.
On estimait en Orient que le droit de guerre et de re-
(1) II Fxeg., VII, 9. — I Parai,, xxh, 8.
présailles justifiait de pareilles exécutions. Ne jugeons point les hommes ni les peuples vivant dix siècles avant Jésus-Christ d'après les mœurs et les habitudes chrétiennes de notre époque. La guerre se faisait alors non pas d'après les principes du droit des gens tel que nous l'entendons, mais d'après des usages et des coutumes qui ne lui ressemblaient guère, et que l'on tenait alors pour légitimes. En condamnant les xVmmonites à de cruels supplices, David leur appliquait la peine du talion, car ce peuple vouait aux mêmes tourments les Hébreux pris à la guerre. Les habitants de Jabès-Galaad assiégés demandaient à Naas, roi d'Ammon, à être reçus à composition. (( La composition que je ferai avec vous, leur répondit-il, sera de vous arracher à tous l'œil droit, et de vous rendre l'opprobre de tout Israël (1). » Amos, deux cents ans après, reprochait au même peuple d'avoir ouvert des femmes enceintes pour faire mourir leur fruit, et cela dans des guerres contre des peuples qui ne faisaient que défendre leurs biens et leur liberté (2).
« Cette loi de la guerre nous parait cruelle, dit M. Munk ; elle ne l'était pas au point de vue des peuples anciens. On sait avec quelle cruauté les Romains traitaient les villes vaincues : on massacrait jusqu'aux femmes, aux enfants et aux vieillards. Les personnages les plus distingués parmi les vaincus, et souvent les rois, après avoir servi au triomphe du général romain, étaient froidement assassinés dans le Capitole (3). »
(1) IReg.,xi, 1 et 2.
(2) Amos, I, 13.
(3) Munk, Palestine, p. 200. — V. Fillion, Atlas archéologique, pi. lxv, Lxxii, Lxxvi, où sont reproduites des scènes de la cruauté des vainqueurs.