CHAPITRE Vn
demain. » Obstiné dans sa faute, il fît asseoir Urie à sa table et l'enivra. Malgré cela, Urie, inébranlable, dort avec les officiers du roi et ne retourne point chez lui.
Enfin, David recourt à l'homicide, et c'est Urie qui est chargé, en arrivant au camp, de remettre à Joab l'ordre suivant : « Mettez Urie au lieu le plus périlleux du combat, et faites en sorte qu'il périsse. »
Joab trouva bientôt l'occasion d'exécuter cet ordre. Les assiégés, dans une vigoureuse sortie, fondirent sur l'armée d'Israël. Un grand nombre de soldats tombèrent sous leurs coups; Urie, qu'on avait mis à leur tête, fut au nombre des morts.
Aussitôt Joab dépêcha un courrier à David pour l'informer de cet échec. « Si vous voyez, disait le général au messager, David témoigner de l'indignation contre nous, vous direz : Urie l'Hétéen a succombé. »
L'envoyé se présenta donc au roi et lui apprit l'échec d'Israël et la mort d'Urie. Mais David ne manifesta aucune indignation , et se contenta de mander à Joab : « Relève le courage des guerriers ; poursuis énergiquement le siège de Rabbath. »
Or la femme d'Urie ignorait le complot dont son mari venait d'être victime. En apprenant sa mort, elle pleura amèrement. Mais, quand les jours de son deuil furent écoulés, le roi la fit amener dans son palais et l'éleva au rang de ses épouses.
Telle est la véridique et triste histoire de la faute de David. M. Renan (1), qui semble prendre à tâche d'affirmer ce que la sainte Écriture nie, et de nier ce qu'elle affirme, se fait ici défenseur de David. Il n'aurait commis
(1) Histoire du peuple d'Israël, t. II, p. 7.
ni la faute avec Bethsabée ni le meurtre de son serviteur. Ce serait des propos par lesquels les ennemis de Salomon auraient voulu ternir la mémoire de son père. Quand il s'agit de l'Écriture sainte, M. Renan n'est ni bon apologiste ni juste accusateur. Nous nous conformons aux documents authentiques, et nous ne comprenons pas comment le deuxième livre des Rois, dans son impartialité, aurait reproduit une calomnie envers David qu'il loue si justement en maints endroits. Les livres de Samuel ne sont ni œuvre de dénigrement ni œuvre de flatterie : ils reproduisent l'histoire.
Ce n'est point ici le lieu de considérer ce déplorable épisode de la vie de David au point de vue psychologique et moral. Les saints Pères s'en sont chargés. Mais nous ne pouvons nous empêcher de dire que la faute du roi David est un thème de considérations que ni les Augustin ni les Ghrysostome dans le passé, ni les prédicateurs ni les directeurs des âmes dans les temps modernes, n'ont encore épuisé. L'Écriture sainte, si riche en instructions de toutes sortes, incite l'homme de réflexion aux considérations morales les plus salutaires, soit qu'elle rapporte des actes de vertu, soit qu'elle raconte des fautes assez honteuses pour gêner la délicatesse chrétienne même dans des lectures solitaires.
Le péché, dans ses causes, dans les complications qui en sont la suite, dans toutes les dissimulations et les lâchetés qu'il engendre, soit qu'on y cherche une excuse, soit qu'on s'en accuse dans le secret, justifie cette parole de la sainte Écriture : Peccatum amanim; il engendre l'amertume.
Parce que David ^ péché, il se trouve dans une sorte de nécessité d'en arrêter les conséquences : Bethsabée est sa complice : il se croit obligé de la soustraire à la lapi-