CHAPITRE VU
dation, peine légale de sa faiblesse (1), et à sauver en même temps son honneur de roi. Donc il faut qu'Urie se croie le père de l'enfant qui va naître. Comme Urie vivant ne sera pas dupe, il faut qu'Urie meure pour assurer le silence. Telle est la suite logique, j'allais presque dire la fatalité, des fautes : elles s'enchaînent et se commandent ; la série n'en finira point si le pécheur ne s'arrête tout court dans le repentir et la réparation. Une faute, celle d'un adultère par exemple , alors qu'elle resterait secrète, n'entraînera-t-elle pas après elle une série de punitions? Ne serait-ce pas un tourment redoutable et un châtiment cruel que la dissimulation et le mensonge où le coupable est d'ordinaire obligé de passer sa vie, dissimulation et mensonge inconciliables avec la dignité d'un honnête homme et d'un chrétien? Le remords s'établira largement au fond du cœur, et ce remords empoisonnera désormais toutes les joies de David.
La voix du reproche, en se faisant incessamment entendre dans le secret de la conscience, paralysera l'énergie du roi ; il demeurera muet en présence des fautes de ses fils; dans la révolte d'Absalom, les armes lui échapperont de la main, et il laissera sans mot dire Adonias préparer l'usurpation. Il inclinera la tête en se disant à lui-même : C'est un juste châtiment.
La voix de Dieu avait crié à Adam, à Caïn : Qu'as-tu fait? Nathan le prophète fut cette voix pour David. Il vint, sur l'ordre de Jéhovah, trouver le roi coupable, et lui dit : « Dans une des cités de votre royaume, vivaient deux hommes d'une condition fort différente. L'un était riche, l'autre était pauvre. Le premier avait d'immenses troupeaux de brebis et de bœufs, il
(1) Deuter., xxii, 22.
nageait au sein de l'opulence; le second ne possédait sous son toit qu'une seule brebis, qu'il avait achetée toute jeune. Il l'avait élevée avec ses propres enfants; elle mangeait du pain de sa table, buvait dans sa coupe, et s'endormait le soir sur la poitrine de son maître; enfin il la chérissait comme un père aime sa fille. Un étranger vint un jour demander l'hospitalité au riche ; celui-ci, ne voulant point toucher à ses brebis et à ses bœufs pour le festin du soir, donna l'ordre de prendre l'unique brebis du pauvre, la fit tuer par ses serviteurs et préparer pour le repas. »
Dans l'indignation que cette conduite inspirait à David, interrompant le prophète, il s'écria : « Vive Jéhovah! celui qui a fait cette action est digne de mort. Il rendra au centuplela brebis qu'il a enlevée, sans pitié de l'indigent. » Et Nathan, fixant sur David un regard sévère, dit : « Vous êtes cet homme, et voici ce que Jéhovah m'envoie vous annoncer : J'ai sacré ton front de l'onction royale ; je t'ai protégé contre la colère de Saiil; je t'ai fait asseoir sur le trône de celui qui fut ton maître; tu as joui de ses richesses; j'ai réuni sous ton sceptre la maison d'Israël et de Juda : à tous ces bienfaits j'étais prêt à en ajouter de plus grands encore. Et toi, tu as foulé aux pieds mes lois ; tu as osé commettre le crime en ma présence ; tu as envoyé à la mort le valeureux Urie pour ravir Bethsabée, son épouse. Aussi, sache que le glaive ne cessera de se plonger dans le sein de tes enfants : c'est du milieu de ta famille que surgiront pour toi les plus affreuses calamités. Ton honneur sera publiquement outragé par ton propre fils. Tu as dissimulé ta faute : la vengeance sera publique ; elle éclatera à la lumière du soleil et tout Israël en sera témoin ! »
Réveillée par ces terribles accents, la conscience de