CHAPITRE VIII
cheveux, dont l'extraordinaire abondance finissait par l'incommoder, leur poids ne s'élevait pas à moins de deux cents sicles. 11 captivait, par son aménité et ses manières affables , tous ceux qui l'approchaient . David , aveuglé, ne s'apercevait pas que son perfide enfant lui enlevait peu à peu tous les cœurs. Absalom n'attendait qu'une occasion favorable pour lever le masque, se déclarer ouvertement contre son père, le renverser, l'immoler peutêtre , et s'emparer du pouvoir.
Quand il se crut sûr du succès, il sortit de Jérusalem, escorté de deux cents guerriers qui ignoraient complètement ses desseins. Le conseiller royal, Achitophel, dont David regardait les avis comme les conseils de Dieu même (1), gagné d'avance à la trahison et mieux informé que les autres, l'avait suivi pour appuyer la révolte du crédit dont il jouissait (2).
Absalom avait prétexté devant son père l'obligation d'offrir un sacrifice à Jéhovah sur son autel d'Hébron. Quand il y fut arrivé, dévoilant son projet, il se fit proclamer roi. Aussitôt il prit le chemin de Jérusalem, à la tète d'une armée qui grossissait à chaque pas sur la route. Un courrier vint dire à David : « Absalom s'avance, escorté de tout le peuple d'Israël qui l'acclame roi. » David s'inclina sous l'épreuve ; c'était une des expiations que Dieu lui ménageait. Aussi, renonçant à se défendre, il s'enfuit hors de Jérusalem.
Le récit de la fuite de David, tel qu'il est raconté dans la Bible , nous offre des tableaux pleins d'un douloureux intérêt, des scènes remplies d'émotion; et comme les
(1) II Reg., XVI, 23.
(2) Cette trahison s'explique. Comme nous l'avons dit, Achitophel était le père d'Eliam, père de Bethsabée, par conséquent aïeul de cette dernière et d'Urie. (Hieronym. Quœst. hehr., in cap. xi, lib. II, Reg.)
commentateurs y ont justement remarqué des traits nombreux non sans analogie avec la passion du Christ, nous allons entrer dans le détail de ces faits. Nous verrons en effet que les trahisons , les ingratitudes dont David est la victime, rappellent des événements analogues dans la passion de Jésus-Christ.
Ce fut apparemment de bonne heure , dès le matin, que David apprit cet attentat révolutionnaire consommé à Hébron. Sans tarder, il prit un grand parti , celui de quitter immédiatement la ville de Jérusalem. Il ne voulut pas monter à cheval ou fuir dans un char : il sortit à pied, entouré de ses fidèles Céréthim-Phélélhim et de l'élite de ses troupes, parle nord de la ville, en suivant la route actuelle qui de la porte Saint-Étienne, ou des Brebis, mène au mont des Oliviers, en passant par le Gethsémani.
On s'arrêta, la première fois, aux extrémités de la ville. Chaque station de cette lugubre marche fut accompagnée d'incidents qui témoignent de l'affection profonde et fidèle de ceux qui avaient vécu assez près de David pour apprécier son caractère généreux , héroïque , sa piété et toutes ses vertus. C'était un roi vaillant et aimable. Il gagnait les cœurs et les retenait dans les liens de TafFection. Le peuple aimait son roi. Cette première halte eut lieu dans la solitude d'un hois d'oliviers traversé par la route qui mène au désert du Jourdain (1).
Cependant Absalom était entré en triomphe à Jérusalem. Achitophel jouissait du succès de sa trahison. En Orient, la prise de possession du harem est la marque la plus évidente et définitive d'une succession (2). Afin de décider à se rallier au parti d' Absalom ceux qui hésitaient encore, en même temps pour rendre désormais impos-
(1) II Reg., XV, 17 et seq.
(2) II Reg., XII, 8. — Herodot., Hist., lib. III, c. 68.