CHAPITRE VIII
sible toute réconciliation entre David et son fils dénaturé, le traître Achitophel conseilla au j eune prince de déshonorer publiquement le nom de son père en outrageant les épouses qu'il avait laissées dans son palais. Si quelque chose pouvait dépasser l'horreur d'un tel conseil , ce fut la conduite du misérable Absalom qui eut l'infamie de le suivre. Tout Israël put ainsi juger le maître qu'il venait de se donner (1). La prophétie de Nathan continuait de s'accomplir dans toute sa rigueur : « L'épée ne sortira pas de ta maison. Ton honneur sera publiquement outragé par ton propre fils. )> Mais revenons à David et à son douloureux exode.
Au milieu de ses gardes pris parmi les Philistins et de ses compagnons dévoués, il aperçut Ethaï de Geth. Aussitôt David, par un mouvement de générosité qui prouve bien la noblesse de son caractère , supplia le chef philistin de ne point exposer au péril ni lui ni les siens , en suivant un souverain détrôné et étranger pour lui. Mais Ethaï lui déclara sa résolution de le suivre à la vie et à la mort. Cet incident nous rappelle qu'une déclaration semblable fut faite au Christ par les apôtres, presque au même lieu, bien des siècles après.
Tous passèrent le torrent de Cédron, et là, quand on vit que le roi voulait décidément s'éloigner, le peuple tout entier pleura à haute voix : la montagne et la vallée retentirent des gémissements du peuple. Le Christ aussi traversa le Cédron au miheu des angoisses et du deuil de ses disciples (2).
David et sa suite furent rejoints par les deux prêtres Zadoc et Abiathar portant avec eux l'arche, et voulant qu'elle accompagnât le roi dans sa fuite.
(i)llReg.,xvi, 23.
(2) II Reg., XV, 19-24.
o8 VIE DE DAVID.
Dès que David s'en aperçut, il donna l'ordre de faire rétrograder l'arche à Jérusalem. Sa vénération pour ce symbole sacré des destinées d'Israël ne lui permettait p^s de soufTrir qu'on l'exposât aux risques d'une bataille pour une cause qui lui était personnelle. « Reportez l'arche à Jérusalem, dit-il aux grands prêtres. Si le Seigneur daigne me rappeler, je reverrai son tabernacle. S'il juge au contraire que je ne lui suis plus agréable, je suis prêt à quitter le royaume. Que sa volonté soit faite! »
Cependant une foule innombrable gravissait le sentier de la montagne ; tous pleuraient ; tous avaient le visage voilé en signe de deuil. On cherchait le roi; on le montrait. On pouvait le distinguer à ses pieds nus. Au sommet de la montagne, David rencontra Ghusaï l'Arachite, appelé par l'Écriture sainte Vami de David. Le vêtement qu'il portait était déchiré et sa tête était souillée de cendre et de terre, en signe de l'amertume de son âme (1). En voyant tous ces fidèles serviteurs, David, profondément touché , se trouva réconforté : l'espoir lui revint. Tant de dévouement le détermina à songer au salut de ses serviteurs et à se défendre lui-même avec eux. On venait de lui apprendre la trahison d'Achitophel, dont l'habileté bien connue était très dangereuse pour David ; son âme en fut brisée d'une douleur immense qu'il traduisit dans le plus véhément de tous les psaumes, le CVIIP. L'apôtre saint Pierre appliquera plus tard un verset de ce psaume à un autre traître, à celui qui livra Jésus, dont David était la figure , à Judas, qui mourut de la même mort qu'Achitophel (2).
(1) II Reg., XV, 32 et seq.
(2) Fiant dies ejuspauci et episcopatum ejus accipiat altcr. « Que ses jours soient abrégés^ et qu'un autre occupe sa dignité. >» (Ps. cviii, v. 7. Act., I, 20.)