EXPIATIONS
Le fils d'Isaï régna quelque temps à Jérusalem dans une paix presque complète (1). Les ennemis du dedans avaient été vaincus comme ceux du dehors. Le royaume d'Israël s'était, malgré les malheurs domestiques de David, affermi contre ses voisins rendus impuissants.
Toutefois la sainte Écriture laisse entrevoir que les rudes traitements dont les nations voisines avaient été l'objet, pendant tant d'années de guerres sanglantes, avaient laissé au fond des cœurs des irritations difficiles à guérir. Il y avait même dans le royaume d'Israël des populations, des villes où les ressentiments, les haines étaient héréditaires. Ce n'était pas seulement les dernières guerres dont on rappelait les épisodes terribles : on se passionnait en racontant dans les familles les violences et les injustices dont quelques-unes remontaient jusqu'à Satil. Benjamin comptait plus de mécontents qu'aucune autre tribu. L'Écriture nous en fournit un témoignage très intéressant, et qui se rapporte à la dernière phase de la vie de David qui nous occupe en ce moment.
Gabaon, ville située au nord-ouest de la tribu de Benjamin, avait conservé au temps de David une grande
(1) II Reg., XXI.
partie de son ancienne population. Chassés j^ar Sattl, malgré les promesses de Josué qui les avait admis au droit de cité (1), les Gabaonites étaient revenus habiter la ville des ancêtres.
On s'y souvenait amèrement que le premier roi d'Israël voulant, après les massacres de Nob et la dévastation de ce sanctuaire, transporter le tabernacle à Gabaon, en avait expulsé la majeure partie des habitants et massacré l'autre. Les Gabaonites attribuaient à cette conduite injuste et cruelle, inexpiée, tous les malheurs d'Israël et notamment une famine qui désolait le pays depuis trois ans. Les tribus voisines partageaient plus ou moins cette manière de voir, disent les commentateurs. Cette opinion avait cours à Jérusalem.
David, soit pour la détruire, soit autrement, crut bon de consulter Jéhovah par VUrim et le Tummim. A son grand étonnement, Jéhovah répondit : « C'est à cause de Saul et de sa maison, qui est une maison de sang, que cette famine désole Israël. » Les Gabaonites triomphaient; une grande agitation régnait parmi eux et dans les tribus de Benjamin et de Juda.
David, voyant peut-être un mouvement populaire se préparer, fit venir les Gabaonites et leur demanda : « Que puis-je faire pour vous, afin de réparer l'injure que vous avez reçue de Saûl? »
Ceux-ci répondirent : « Cet homme a massacré nos pères; il s'était proposé de nous disperser et de nous chasser du territoire d'Israël. Qu'on nous livre sept d'entre ses fils ; nous les crucifierons à Jéhovah, à Gabaa, sa patrie. » Et le roi dit : « Je vous les livrerai. » Mais David épargna Miphiboseth, fils de Jonathas, à cause du