CHAPITRE XL
officiers, à un sacrifice solennel sur la pierre de Zoeleth, à la fontaine de Rogel, dans la vallée du Cédron. Il devait après la cérémonie , et dans le festin qui la suivrait, se faire acclamer roi par le peuple.
Le prophète Nathan découvrit le complot. Il savait que David avait désigné Salomon, son auguste élève, pour lui succéder. Il apprit ce qui se passait à Bethsabée : (( Hâtez-vous, lui dit-il ; allez trouver David. Dévoilez-lui le complot; j'irai moi-même appuyer votre réclamation. »
Bethsabée vint donc trouver le roi et lui dit : « Le roi mon maitre n'a-t-il pas juré que mon fils Salomon régne rait après lui? Cependant voici que, à votre insu, Adonias se fait proclamer roi. Il a séduit Abiathar et Joab ; il les a convoqués avec les princes vos fils, à l'exception de Salomon, pour un sacrifice solennel. Et maintenant tout Israël a les yeux fixés sur le roi mon maître, et attend de lui la décision souveraine. »
Bethsabée parlait encore quand les serviteurs du roi annoncèrent le prophète Nathan.
Lorsque celui-ci fut introduit , il raconta à son tour le complot. Et le vieux roi, retrouvant toute l'énergie de ses jeunes années, s'écria : « Vive Jéhovah! J'ai juré que Salomon régnerait après moi : dès aujourd'hui j'exécuterai mon serment. «
Et Bethsabée se prosternant devant le vieillard, son époux : « Que Jéhovah conserve à jamais, dit-elle, les jours du roi mon seigneur. »
Sur les ordres de David, Zadoc et Banaïas, demeurés fidèles à leur maître , rassemblèrent aussitôt les troupes. Us firent monter Salomon sur la mule royale, et le conduisirent solennellement à la fontaine de Gihon (1).
(1) m Keg., I. La fontaine de Gihon était à l'ouest de Jérusalem et alimentait deux grands réservoirs placés dans la vallée (II Parai., xxxii, 30 ; xxxiii,
Là, Zadoc le grand prêtre et Nathan le prophète répandirent sur son front l'huile sainte de l'onction, et aussitôt, au bruit des trompettes , se mêlèrent les cris de : « Vive le roi Salomon l » Et le nouveau roi rentra en triomphe dans Jérusalem, au milieu de l'allégresse générale.
Le son de la trompette guerrière n'échappa pas aux oreilles du vieux capitaine Joab : « Il y a dans la ville une agitation extraordinaire, dit-il; que signifie ce bruit? » Comme il disait ces mots, Jonathas, fils d'Abiathar, entrait dans la salle du festin ; il venait de Jérusalem : « Salomon vient d'être sacré roi à Gihon, dit-il aux conjurés. Il est assis sur le trône de son père, et le vieillard lui-même lui rend hommage. Tout le peuple s'est associé à la solennité : ce sont leurs acclamations qui arrivent jusqu'à vous. »
Consternés à cette nouvellei, les conjurés se dispersèrent ; la salle du festin demeura vide. Adonias tremblant rentra précipitamment à Jérusalem, se réfugia auprès de l'autel que David avait élevé au Seigneur à Sion, et le tint étroitement embrassé. Il se mettait à l'abri du droit d'asile que la loi accordait aux homicides involontaires (1). Adonias comptait sans doute plus sur la miséricorde de David que sur ce droit pour être pardonné.
On vint informer le nouveau roi que son frère s'était réfugié auprès de l'autel, et qu'il ne voulait point quitter cet asile avant qu'on lui eût juré sa grâce. « J'oublie le passé, répondit Salomon. Si Adonias se conduit en homme de bien , il ne tombera pas de sa tête un seul de ses cheveux; sinon, il mourra. »
14). C'était sans doute un lieu de réunion, comme la fontaine de Rogel et la plupart des sources en Orient. Voir sur Gihon, Porter, Handbook for Palestine, 1875, p. 175. Voyage en Terre-Sainte, Tpai- M. de Saulcy, t. II, p. 140. (1) Ex., XXI, 14.