CONCLUSION
Bayle, Voltaire, Tiiidal, et d'autres écrivains plus récents , ne semblent avoir aperçu dans la vie de David que des actes propres à jeter de l'ombre sur une si grande gloire.
Sans doute il faut condamner sévèrement l'adultère de David et le meurtre d'Urie. Mais ne convient-il pas de mettre en regard du crime les actes de vertu , la générosité, la mansuétude singulière d'un roi tout-puissant, absolu, dans un siècle dur, relativement barbare, où la vie d'un homme comme Fhonneur d'une femme étaient cotés si bas? xVux yeux de ses compatriotes David fut tellement doux, que ceux-ci s'en émerveillaient et s'en faisaient un titre aux faveurs du ciel : Memenlo, Domine, David et omnis mansueludlnis ejus : Souvenez-vous , Seigneur, de David et de toute sa douceur (1). Enfin, prenons en juste considération la sincérité, la profondeur du regret et l'acceptation résignée du châtiment. Non seulement le psaume 1/ montre la douleur et la pénitence qui effacèrent devant Dieu la faute commise; mais la fin de la vie de David, les psaumes où il épanche son âme, témoignent que l'expiation spontanée ou acceptée a suivi David jusqu'à la mort.
En permettant qu'une âme si élevée tombât un jour dans un si grand péché, Dieu a voulu montrer en David l'excès de la fragilité humaine, afin qu'aucune chair ne s'enorgueillisse. Il a voulu en outre faire voir, par un exemple mémorable, son infinie miséricorde. Il est bon que l'homme fragile sache à la fois et comment, s'il ne veille, il peut tomber, et comment, s'il le veut, il peut se relever.
Par son péché, David représente le premier Adam;
(1) Ps. CXXXI.
par son expiation, le second Adam, IWgneau de Dieu, qui efface les péchés du monde. Figure du Christ, qui s'est chargé de payer la dette humaine, le fils d'Isaï s'est offert en victime pour son peuple. La différence entre David pécheur lui-même et le Christ innocent est sans doute immense; mais le type n'est jamais la copie absolue de l'antitype; Dieu n'a pas voulu, par un mystérieux dessein, être représenté sur la terre par des anges, mais par des hommes, des prophètes ou des prêtres soumis aux infirmités, et pouvant y compatir et les comprendre.
Envisagé comme roi, David a accompli une œuvre immense, nous le verrons bientôt.
Au point de vue messianique, l'importance de David est plus grande encore. Mieux qu'aucun autre personnage de l'Ancien Testament, il a figuré, annoncé et prophétisé Jésus-Christ. C'est sous son règne que l'idée de la royauté du Messie se grava profondément et définitivement dans la conscience d'Israël, idée typique, à laquelle se rattache toute l'histoire prophétique de l'Ancien Testament.
David roi, David psalmiste, David prophète : tel va être désormais l'objet de notre étude.