CHAPITRE I
lieu de laquelle on doit avoir longtemps respiré. Le mode électif a souvent l'inconvénient, quand il s'agit d'un chef et surtout d'un roi, de placer au premier rang celui qui ne pouvait s'y attendre. Une longue préparation , une éducation spéciale doivent être la condition ordinaire de l'homme qui commande. Cet avantage est celui de l'hérédité. Quand le fils succède au père, le premier, qui a vu le second à l'œuvre, au maniement des affaires, a déjà appris de quelle manière il faut commander, préparer, entreprendre et mener heureusement une affaire. Si la monarchie a les inconvénients que Samuel signale, elle a dans bien des cas de grands avantages. C'était non seulement par ces avantages que la monarchie était préférable pour Israël , mais elle était manifestement plus conforme aux destinées religieuses d'un peuple appelé à figurer l'Église.
Le caractère profane , superstitieux et presque païen de Satil et de sa famille fit désirer une autre maison royale. Samuel vit justement dans l'humeur indépendante et dans les empiétements religieux de Saiil l'occasion et un moyen, douloureux sans doute pour lui, mais voulu de Dieu, de donner satisfaction au juste mécontentement qui s'était emparé de l'esprit de tous les hommes fidèles à la religion , et non pas seulement de l'esprit des prêtres et des prophètes, ainsi que le prétend sans raison M. Kenan. Visiblement les laïques (1), pour nous servir de la langue du critique aventureux, comme les
(1) Nous l'avons déjà dit, transporter dix siècles avant Jésus-Christ , en Israël, les idées modernes et jusqu'à leurs termes, c'est faire violence à l'histoire. Les civilisations sont néesdc l'union étroite des prêtres et des peuples. Ce n'est qu'à la veille des décadences que la déliance, la jalousie, les haines séparent ce qui doit s'unir, sans se confondre sans doute, pour le bien des nations. Jamais Israël n'a persécuté ses prêtres, 11 a accidentellement porté la main sur les prophètes.
prêtres, sentaient et voyaient ce qui était manifeste à tous.
Parce qu'il était appuyé par le peuple mécontent, Samuel, inspiré d'ailleurs par Dieu , s'exposa sans crainte aux plus graves responsabilités, et à la haine du soupçonneux Saûi, en se rendant chez Isaï et en consacrant par l'effusion de l'huile sacrée le plus jeune do ses enfants.
En dotant David, comme nous l'avons vu, des qualités gracieuses et de la vaillance qui distinguèrent sa jeunesse. Dieu lui-même avait préparé celui qu'il destinait à régner. Le berger dont la vigueur, l'adresse, la ruse, le courage terrassaient les lions, le musicien qui enchantait ses compagnons et avait étendu au loin sa réputation de pieux chanteur et de harpiste, travaillait luimême inconsciemment à acquérir des titres aux faveurs qui vinrent bientôt le chercher. Mais Satil, plus que les autres, contribua à la fortune de David, et, ainsi qu'il est souvent arrivé, créa le rival qui devait le supplanter.
Consacré par Samuel, très réputé dans la région qu'il occupait, comme à la cour, David était tout préparé à un rôle important. Il ne fallait plus qu'une occasion. Da\id la trouve dans son combat avec Goliath. Appelé au commandement de forces militaires relativement considérables, il remporte des victoires si éclatantes qu'elles font pâlir les rayons de celles de Saûl. Et le peuple s'écrie : Saûl en a tué mille, et David en a tué dix mille!
David, sans doute, ne régnera pas le lendemain du jour où il a détrôné Saûl dans l'opinion publique. Il sera chassé de la cour, banni, décrété de mort ; mais cette situation ajoutera à son éclat et à sa popularité. On l'attaque : il se défendra. Satil envoie contre lui des soldats : David s'entourera de compagnons vaillants, qui lui seront à la fois ime garde et une petite armée. Une