XIII
Si , pour toutes les questions qui se rattachent à la composition, aux rééditions, aux traductions et à la conservation de l'Ancien Testament, nous n'avions, comme les protestants, d'autres moyens de fixer nos idées que les moyens fournis par la science, la critique historique et les efforts du libre examen, nous serions souvent dans un grand embarras , et nous n'arriverions sur beaucoup de points qu'à des vraisemblances. Mais nous sommes guidés par une lumière plus haute et plus sûre, les jugements de l'Église. C'est l'Église qui, en reconnaissant comme sacrés et canoniques tous les livres inscrits par elle dans ses définitions et consacrés par ses traditions, fixe les limites du juste et du vrai , ferme, avec des secours et des lumières n'appartenant qu'à elle, la porte aux doutes
(1) Quem librum edilio Vulgata laciniosis hinc inde verborum sinibus trahit : addens ea quœ ex terapore dici poterant, et audiri, sicut solitumest scholaribus disciplinis sumpto themate, excogitare, quibus verbis uti potuit quiinjuriam passus est. vel ille qui injuriam fecit.
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et aux erreurs. On ne saurait jamais sans elle le point où il faut s'arrêter, et ce que, dans Tordre des faits dont il s'agit, le Saint-Esprit a permis et laissé faire aux agents humains. « Je ne croirais pas à l'Évangile, dit saint Augustin, si l'autorité de l'Église n'entraînait mon assentiment (1). »
Les travaux allemands ne peuvent ni nous émouvoir ni nous étonner quand, de leurs combinaisons et de leurs hypothèses, s'élève le doute énervant et le scepticisme délétère. A moins de reconnaître dans l'Église une autorité divine après laquelle il ne faut plus examiner ni douter, les faits et les enseignements des saintes Écritures , leur autorité , seraient , avec tous les dogmes de la foi, l'objet de continuelles contestations, et la variété des opinions engendrerait inévitablement l'incrédulité. Sans le secours de Jésus-Christ toujours vivant dans son Église, comment les fidèles seraient-ils capables d'avoir une croyance fixe sur l'autorité de la Bible, sur la vérité des faits, et sur le sens des dogmes de ce livre divin qui nous a été donné pour nous instruire , et non pour devenir l'objet d'éternelles disputes?
Le protestantisme, rejetant à la fois l'autorité des traditions et l'infaillibilité de l'Église , a tout détruit ou
(1) Ego Evangelionon crederem, nisime catholicae (Ecclesiœ) commoveret auctoritas. {Contra Epist.Fundam., c. v.) — L'authenticité des Évangiles est assurément prouvée par des témoignages relevant de la critique historique, et supérieurs à ceux qu'on invoque ordinairement pour les livres profanes : l'Éghse l'entend ainsi. Mais elle ajoute à ces témoignages la puissance et l'autorité divine des promesses que lui a faites Jésus-Christ, et que nous a conservées la tradition catholique.
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du moins finira par tout détruire chez lui en fait de religion révélée.
A côté des faits divins et surnaturels de la vitalité d'Israël, de son monothéisme, à côté du fait divin de la fondation de l'Église, s'offre à nos yeux le fait divin et miraculeux de la conservation de la Bible.
Les Israélites, aux mauvais temps de leur histoire, sous les Juges, sous les rois impies d'Israël, ont fait des efforts inouïs pour échapper au monothéisme qu'ils voulaient détruire jusque dans leur conscience. Ils n'y sont pas parvenus, car l'action surnaturelle de Dieu s'y est opposée par la voix et les prodiges des prophètes. Israël a vécu, a triomphé de tout ce qui devait le détruire et le faire périr le long des siècles. Dieu ayant voulu conserver à la religion chrétienne un témoin dont elle ne doit jamais être privée. De même. Dieu a réalisé, au milieu de causes de destruction sans cesse renouvelées, la miraculeuse et surnaturelle conservation de la Bible. Et si la main des prophètes, des prêtres, qui l'ont sauvée en la copiant, qui l'ont complétée en y ajoutant non pas des faits importants, ni une loi, ni un miracle, ni une prophétie, mais des indications et des explications utiles, s'y laissait apercevoir, loin de m'en attrister et de m'en émouvoir, j'y constaterais l'acte persévérant, immanent, d'une protection divine et d'une inspiration du Saint-Esprit , dont Dieu a rendu participants tous ceux qui ont écrit quelque page de ce livre mystérieux et divin. Chose admirable et que les siècles célébreront! Tant d'écrivains
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divers ont fait un livre dont la rédaction a duré plus d'un millier d'années, et ce livre est pénétré dans toutes ses parties de la même inspiration, de la même doctrine, de la même morale, des mêmes désirs, des mêmes aspirations messianiques. Jamais l'unité n'a revêtu des caractères plus frappants au milieu de la variété des auteurs, de la différence des temps, au sein des destructions et des changements qu'amènent les révolutions. Citons ici un beau passage de saint Jean Glirysostome-
(( On ne veut point, dit ce Père, prêter une sérieuse attention aux Écritures. Si nous le voulions , non seulement nous ne tomberions pas dans des erreurs, mais nous délivrerions de l'erreur ceux qui se trompent et les arracherions au danger d'errer de nouveau. Il y en a aujourd'hui parmi nous qui ne savent même pas ce que c'est que la sainte Écriture. Cependant, pour nous la conserver, l'Esprit-Saint lui a donné tous ses soins. Voyons avec quelle bonté Dieu l'a gardée depuis qu'elle existe. Il a inspiré Moïse... Ensuite il a envoyé les prophètes , qui ont souffert pour les Écritures des maux indicibles. Puis la guerre est survenue. Tous les Livres saints furent ravis, déchirés, brûlés. Alors Dieu inspira un autre Moïse, un homme admirable, Esdras : il rassembla les parties qui demeuraient des Écritures et en fit un seul livre. Après Esdras, Dieu suscita les Septante qui les interprétèrent. Enfin vint le Christ Jésus : il reçut et accepta les Écritures; en son nom les apôtres les répandirent par tout l'univers (i). »
{\) In Epist. adHehrœos, homil. VIII, n° 4.
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La conservation de la Bible, comme la vitalité et le monothéisme d'Israël, doit être rangée dans les unica de rhistoire. M. Renan suppose au temps des rois de Juda une littérature moabite; mais qu'est-elle devenue? Que sont devenus les livres prétendus sacrés des royaumes de la Syrie, de Ninive, de Babylone et de tant d'autres peuples contemporains du royaume de Juda? Où faut-il aller chercher aujourd'hui les rituels de la vieille Egypte? Au fond des tombeaux.
Nous croyons à l'autorité et à l'inspiration de la Bible pour cette forte et dernière raison : le Christ Jésus l'a scellée du sceau de sa divinité. L'Église, après la synagogue, l'a prise sous sa garde pour conserver ici-bas le trésor des révélations divines. Nous croyons à la Bible par l'autorité que lui a donnée Jéhovah au mont duSinaï; nous croyons à la Bible par l'autorité que lui a donnée Jésus au jour de la Résurrection et de l'Ascension, au jour de la Pentecôte, au milieu de la tempête des vents et des langues de feu descendant sur les apôtres ; nous croyons à la Bible par l'autorité de l'Église, des conciles et des vieillards infaillibles du Vatican. .
Et elle est bien vraie, cette parole de l'écrivain que nous avons combattu déjà, et que nous combattrons encore dans le courant de ce livre : Tous les livres modernes disparaîtront, et il ne restera peut-être dans les siècles lointains encore, de toutes les œuvres à qui nous vouons notre admiration facile, que ces deux seuls livres : la Bible et Homère.
Je n'oserais rien garantir pour Homère : le temps triomphe de tout ce qui est terrestre. Mais je donnerais
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vingt fois ma tête pour Finimortalité de la Bible , dont on pourra dire aussi au jour des dernières justices de Dieu :
Liber scriptus proferetur^ In quo totum continetur.
Et maintenant, j'offre au lecteur l'étude et l'examen d'une partie importante de cette Bible sacrée. Je n'ai point à faire valoir dans ce volume, aux yeux de la critique , son incontestable autorité ; nous l'avons fait antérieurement. Les livres de Samuel ont pour eux les témoignages décisifs des rationalistes les moins suspects. Ils renferment une suite de documents contemporains de David, devant lesquels il a bien fallu s'incliner. Nous invitons le lecteur à lire les preuves d'authenticité des deux premiers livres des Rois, telles que nous les avons exposées dans notre second volume des Prophéties messianiques.
Quant aux psaumes de David, nous y trouverons la justification et l'épanouissement des prophéties messianiques telles que la Bible nous les offre , et telles que nous les avons suivies depuis le lendemain de la chute au Paradis terrestre.
Nous avons rangé dans les unica de l'histoire la durée du peuple d'Israël, son monothéisme, la Bibje conservée en sa merveilleuse unité. Il faut encore ajouter
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à ces iinica la prophétie messianique. L'histoire d'Israël se meut tout entière autour du Messie, comme la sphère du monde autour de son axe. C'est au Messie, comme à un centre, que nous avons rattaché le monde patriarcal, le mosaïsme, son histoire et sa loi, la royauté, les prophètes, tous les grands hommes et toutes les révolutions du peuple juif. C'est en effet autour de Jésus , le Messie-Rédempteur, que, selon Bossuet, gravite l'histoire universelle considérée dans son ensemble et dans les destinées dernières de chaque grande nation.
Mais la vérité de cette philosophie chrétienne de l'histoire éclate avec une puissance bien plus saisissante dans l'histoire particulière d'Israël. Les apôtres et Jésus-Christ lui-même ont mis les saintes Écritures à la tête de toutes les preuves de la divine rédemption : Scrutamini ScripturaSf testimonium perhibent.
Notre siècle oublieux et léger va chercher souvent bien loin les preuves de la divinité de la religion chrétienne. La meilleure preuve est renfermée dans la Bible : Scrutamini Scripturas. C'est parce que nous en avons toujours eu une conviction croissante que nous avons consacré les meilleures années et les meilleures journées de notre vie à l'étude de nos saintes Écritures, aux Prophéties messianiques en particulier, lesquelles en sont, comme nous l'avons dit, le centre lumineux.
Puisse ce troisième volume des Prophéties être reçu avec la bienveillance qui a accueilli les deux premiers. Qu'on n'y cherche pas l'intérêt éphémère que lui donne
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aujourd'hui son opportunité comme réponse aux attaques récentes de M. Renan. Que l'on cherche en David et dans ses psaumes la promesse, la figure, la prophétie du Christ Jésus et des destinées de son Évangile.