‹ David, roi, psamliste, prophèteChapitre 7 sur 291 · ET DIVISIONS DE IL.'OUVR,AG-E · texte numérisé non relu

ET DIVISIONS DE IL.'OUVR,AG-E

Il est peu de chrétiens, même parmi les plus instruits, qui se soient rendu complètement compte de l'importance du rôle de David dans l'histoire et dans l'économie de la Religion révélée. Pour y arriver, il faut, du point culminant où David apparaît, arrêter un instant le regard sur les temps antérieurs à ce fondateur du royaume de Juda, et voir ensuite ce que le roi d'Israël a fait et ce qu'il a préparé.

Avant David, les aspirations messianiques, presque exclusivement renfermées dans les limites d'une nation 'sans influence sur l'histoire du monde, n'avaient qu'un caractère vague et général.

En parlant de la sorte, nous sommes loin assurément de vouloir amoindrir l'importance de la promesse faite à nos premiers parents au lendemain de la faute originelle et de nier l'influence des prophéties qui l'ont suivie. Si le lecteur veut bien se reporter à ce que nous avons écrit sur les oracles messianiques du Pentateuque, il en sera aisément convaincu (1).

(1) Les Prophéties messianiques du Pentateuque, Palmé, 1878, p. 198.

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Toutefois les événements qui ont suivi la prophétie si importante de Jacob et annoncent les destinées de Juda n'ont, jusqu'à Samuel, que la valeur historique d'une préparation éloignée, assez confuse encore. Le gouvernement des juges, par le caractère incohérent de ses chefs, par une anarchie intermittente et par ses échecs multipliés, avait créé une situation déplorable. Les destinées d'Israël semblaient compromises. Le peuple, première victime des mauvais gouvernements, en avait grandement pâti. L'impatience éclatait : on voulait sortir de là par l'institution de la monarchie.

Samuel se prêta à Félection de Saûl, mais en déclarant aux enthousiastes du nouveau régime les charges et les inconvénients auxquels il fallait à l'avance se résigner. Le premier roi d'Israël établit avec habileté, il faut le reconnaître, l'hégémonie militaire. II fit reculer les Philistins et devint bientôt l'égal en autorité et en puissance des petits rois ses voisins. Israël dut se féliciter. L'enchantement toutefois fut de peu de durée. Les violences, les superstitions, les allures despotiques et profanes du monarque lui aliénèrent les plus sages et les plus pieux de ses sujets. Ce n'était pas Samuel, sonconsécrateur, son ami, qui fomentait le mécontentement. L'hypothèse est gratuite sous la plume de M. Renan. C'étaient les actes du prince correspondant mal à l'idéal messianique qui flottait déjà dans l'imagination des Israélites, depuis surtout la prophétie d'Anne. Cependant avec Saûl avait été posée la première base de Tinstitution de la royauté en

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Israël. C'est pour établir et organiser définitivement, c'est pour sauver et illustrer cette institution qu'apparaîtra David, la figure typique du Christ, figure saisissante qu'Israël n'oubliera jamais.

La préparation du règne du Messie ne sera pas seulement constatée par les paroles et les actes prophétiques : elle apparaîtra dans les grands faits politiques et les institutions. Le caractère éminemment messianique d'Israël s'incarne dans les réalités et les péripéties de l'histoire de ce peuple. Le règne de David devint rapidement dans l'opinion de tous les Israélites plus qu'une promesse, plus qu'une préparation des grandes destinées du peuple choisi : il en fut la réalisation initiale. Israël considérera l'œuvre de David comme la première organisation du royaume qu'il attend, du règne du Messie. La continuation, le développement, le couronnement de ce règne seront l'objet des aspirations nationales, et ces aspirations auront un caractère si singulier qu'avec le temps le monde tout entier le remarquera. Tacite un jour en parlera et les poètes finiront par y rattacher un idéal, une sorte d'âge d'or, vaguement entrevu par eux. Tandis que les aspirations messianiques, dont le point de départ est manifestement beaucoup plus ancien, sembleront aux yeux du peuple juif se rapporter presque exclusivement au fils de Jessé, l'attente d'un Roi Sauveur aura, en dehors de lui, de transformations en transformations, d'échos en échos, son retentissement dans les oracles prophétiques des sibylles et dans ces

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voix d'Orient qu'entendit le grand historien romain.

Nous voudrions mettre en lumière l'importance prophétique non seulement des psaumes de David, mais aussi celle de son règne lui-même : car, à nos yeux, les psaumes qui appartiennent à David ne sont que sa vie chantée par lui, ou plutôt la vie du Christ Rédempteur dont David était la figure.

Au cours de notre étude des prophéties messianiques, nous nous sommes attaché à faire remarquer que Favènement de Celui qui devait les réaliser toutes a été préparé non seulement par des promesses verbales et des oracles prononcés par des voix inspirées, mais aussi par l'enchaînement des grands événements et la suite de l'histoire du peuple d'Israël. Les hommes, à leur tour, par leur vie, leur caractère et leurs actes, ont eu leur signification prophétique et sont entrés pour une large part dans la préparation messianique. Cette divine économie de la Providence apparaît avec une évidence saisissante à l'avènement de la royauté dans Israël, et particulièrement dans l'histoire de David et de son règn^. C'est méconnaître la préparation et l'annonce prophétique du règne de Jésus-Christ, c'est mutiler la preuve apologétique de la mission divine du Christ, que de les enfermer dans quelques textes scripturaires interprétés dans leur teneur et mis en lumière dans les manuels et les traités où l'on se propose de résumer les démonstrations évangéliques. Les textes prophétiques ont sans doute une importance décisive

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pour ceux qui peuvent les comprendre et les interpréter fidèlement, mais le plus puissant commentaire, la lumière la plus convaincante sont les faits historiques qui les encadrent et les expliquent, et le parallélisme qui s'établit entre les faits prophétiques d'une part et les oracles révélés d'autre part, entre le caractère et la vie du prophète et ses discours ou ses chants inspirés : les faits s'éclairent à la lumière de la parole, et les paroles voient leur sens et leur portée confirmés par les faits.

Nous diviserons ce livre en trois parties : dans la première, nous exposerons le récit historique de la vie de David : nous raconterons les épreuves que le persécuté, le fugitif a subies, que le roi lui-même a connues ; les préservations, les victoires, le triomphe définitif de celui que les décrets de Dieu avaient substitué sur le trône d'Israël à Saiil infidèle.

Dans la seconde partie, nous exposerons la nature et l'importance des institutions de David, étonnantes quant au temps où elles ont été fondées, et préparatoires au règne messianique.

Dans la troisième partie, nous étudions le poète, le psalmiste, et nous le montrons chantant les divers événements et les grands traits de sa vie, puisant en eux des motifs de confiance et d'amour pour Dieu, fournissant ainsi à tous les siècles un modèle incomparable de prière au milieu des vicissitudes humaines.

Dans la quatrième partie, nous interpréterons et dis-

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cuterons les textes prophétiques , c'est-à-dire un choix de psaumes de David concourant au but que nous nous sommes proposé.

En d'autres termes, le lecteur, dans une vue d'ensemble, embrassera toute l'histoire de la vie de David. Reprenant ensuite l'une après l'autre, pour les considérer mieux dans leur organisation et leurs détails, les principales institutions de David, nous en verrons l'importance politique et religieuse. A la lumière de l'auréole messianique dont l'histoire sacrée aura déjà couronné David, nous montrerons le psalmiste et le prophète.

Le lecteur, après y avoir été préparé, comprendra et goûtera mieux l'analyse, l'explication exégétique et le caractère prophétique des principaux psaumes messianiques offerts à ses méditations.

C'est avec regret que, vu le caractère de cet ouvrage, nous omettons de traiter des psaumes de David au double point de vue de la piété et de la liturgie. Tous les chrétiens, à travers les siècles, se sont nourris des psaumes comme d'un aliment délicieux pour l'âme. Toutes les prières, tous les chants, tous les offices liturgiques ont emprunté, reproduit les paroles de David, sans épuiser cette mine de poésie, de sentiments pieux et d'enseignements fortifiants. L'Église s'est approprié la langue du psautier, elle l'a faite sienne dans des applications variées à l'infini, qu'il s'agisse de pleurer ou de se réjouir, de craindre ou d'espérer, d'édifier ou d'instruire : Totius Eccksiœ vox ima.

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iSous ne parlerons pas des psaumes au point de vue littéraire. On a dans toutes les langues célébré et traduit ce livre vraiment universel. Les peuples chrétiens d'Orient et d'Occident offrent, dans leurs écrits, dans leur langage, comme des reliques méconnues et mêlées à des éléments profanes, des expressions, quelquefois des phrases entières empruntées au psautier.

Un monde auquel le nôtre ne ressemble pas en avait multiplié les exemplaires; il avait rempli sa mémoire et son cœur de cette bienfaisante et populaire poésie. C'était un miel à la bouche de nos pères, un baume à leur cœur, un or pur dans lequel ils sertissaient leurs pensées et leurs sentiments. Jamais livre humain n'eut dépareilles destinées.

Puissions-nous, quoique nous bornant à rappeler le côté messianique des psaumes, faire ressouvenir les chrétiens distraits de nos jours d'un livre qui a si longtemps consolé, instruit et soutenu les générations passées, et les a charmées au milieu des inévitables tristesses de la vie terrestre! Puissions-nous faire revivre ces temps dont Théodoret pouvait dire : In omnibus urbibus, pagis, agrisy terminis, monlibus et coUibus, terra marique, inque omni regione divus David perpionim linguas Deum laudando célébrai (1). Gomme l'or, le diamant et les

(1) Le divin psalmiste, David, est la voix qui loue Dieu par tout l'univers, dans toutes les villes, toutes les bourgades, les campagnes, les pays, sur toutes les montagnes et sur toutes les collines, sur terre et sur mer; ses psaumes sont sur toutes les lèvres. {In Ps. xxxiv, 19.)

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perles, les poésies de David ne connaissent ni la dépréciation, ni le déclin, ni la vieillesse qui décolore, fane, ride et détruit tant d'œuvres, tant de gloires, tant de beautés que l'enthousiasme d'une époque avait déclarées immortelles.

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