CHAPITRE II. 9o
tror : cette disposition avait évidemment été adoptée pour rendre toute surprise impossible, et pour mettre les assaillants dans la nécessité d'avoir recours à une escalade, pour ainsi dire impraticable, s'ils voulaient s'emparer de la garnison qui aurait cherché un refuge au haut d'une tour pareille, bien approvisionnée de vivres et d'eau. La tour est construite par assises régulières de blocs énormes de calcaire dur taillés en bossage et jointoyés avec le plus grand soin, sans ciment. C'est là un caractère essentiel des constructions d'apparat de l'époque juive primitive. Elle est incontestablement de l'époque de David (1). »
Cette tour communiquait avec la porte de David^ située au couchant. Elle était entourée d'une place assez vaste d'où partait la principale artère de la ville, dite rue de David (2). C'est à l'extrémité de cette rue que s'élevait le palais du roi.
A en juger par les résidences orientales de même destination, le palais formait un quadrilatère avec des tours à chacune des extrémités. Pour sa construction, David avait appelé à Jérusalem les ouvriers les plus habiles de la ville de Tyr ; ils apportèrent avec eux les règles de leur art qu'ils surent d'ailleurs accommoder aux vues et aux désirs du souverain. Les carrières du pays fournirent leur plus belle pierre. Les charpentes étaient en bois de cèdre que lui avait envoyé Hiram, celui-là même qui fournira à Salomon des ouvriers pour le temple (3).
Autour du palais s'étendait un jardin habilement disposé qui, sans offrir la magnificence des terrasses de Babylonc, était digne de la royale demeure. Il était entouré, en
(1) Voyage en Terre-Sainte, t. II, p. Kil et siiir. Histoire de l'art judaïque, p. 329.
{9.) C' Beugnot, Assises de Jérusalem.
(3) II Reg., V, 9, 11 ; vu, 2. — I Paralip., xn , 1.
partie du moins, par un portique sous lequel le roi aimait à se promener durant les heures brûlantes de l'après-midi , quand il ne descendait pas aux bains installés auprès de ses jardins (1).
L'intérieur du palais répondait exactement à Textérieur. Il était plus vaste que luxueux. L'ameublement, les lambris et les autres ouvrages étaient en bois de cèdre. Les ouvriers phéniciens les exécutèrent dans le goût de leur pays, ce qui fut, à Jérusalem, comme le point de départ d'une ère nouvelle pour les arts industriels , et prépara les magnificences du règne de Salomon (2).
Sous le règne de Salomon, en effet, Jérusalem deviendra plus somptueuse par l'édification d'un palais plus riche et sans doute plus vaste que celui de David. Elle acquerra une consécration religieuse par l'élévation du temple; mais sous David apparaissent déjà les desseins de Dieu sur Jérusalem. Le premier éclat jeté sur elle peut être considéré comme l'accomplissement partiel des prophéties antérieures à David; et cette ville destinée à une sorte d'immortalité mêlera désormais son nom , celui de ses collines et de tout ce qui fera sa gloire, aux oracles des prophètes futurs. Elle deviendra la figure du royaume de Dieu. On glorifiera ses victoires, on se lamentera sur ses ruines, on verra dans ses destinées les destinées mêmes de la religion sur la terre. On ira plus loin encore, et le nom de Jérusalem désignera un jour l'Église militante, et même l'Église triomphante. Après avoir été le théâtre de la Rédemption sanglante, cette cité transformée dans la vision de l'Apocalypse figurera le ciel lui-même. L'histoire , la
(1) Il Reg., XI, 2, 3. — Cf. Introduction générale à la Bible, par M. l'abbé Trochon, t. II, p. 393.
(2) II Reg., V, 10, 11 ; III Reg., v, 13, 14, 15. —De Saulcy, Histoire de l'art judaïque, p. 106, 107.