CHAPITRE II
piquants et moqueurs , alors que David apportait à son foyer le témoignage intérieur d'une bonne et grande action accomplie, et la bénédiction de Dieu. On s'expliquerait difficilement la sévérité ([u'il déploya à l'égard d'une femme très aimée, s'il n'y avait vu qu'un caprice féminin. La critique, dans la bouche de Michol, était probablement l'expression des sentiments d'un parti d'opposition (1). Malgré tout, le peuple, dans son ensemble, comprit qu'il avait à sa tête un roi dont la piété relèverait le culte et servirait d'exemple à tout Israël.
David s'ouvrit à Nathan, et voulut prendre son avis à l'égard du projet de la construction du temple avant de la réaliser (2). Il désirait avoir l'appui du plus influent représentant de la religion pour se lancer dans cette entreprise considérable. Sans parler des impies, les indifférents, les tièdes, quand il s'agit de construire un édifice religieux, qui demande des sacrifices d'argent importants, sont toujours disposés aux ajournements. Alors comme aujourd'hui, on énumérait sans doute les choses utiles qu'il y avait à faire avant la construction d'un monument sacré.
On sait que Nathan parut d'abord acquiescer à l'entreprise. Mais le lendemain il déclara que ce serait la main d'un monarque pacifique qui construirait un sanctuaire : David eut le seul honneur de choisir son emplacement (3) .
(1) I Parai., xv, 29. — U Reg., vi, 20-23.
(2) Voyez t. Il des Prophéties messianiques : Prophéties des deux premiers livres des Rois, p. 131.
(3) C'était l'aire d'Oman le Jébuséen ; cette aire était située sur le mont Moriah, quelques mètres plus bas que le sommet de la colline, qui était occupé par la caverne qui servait de grenier. (Waren, Underground Jérusalem,,
1876, p. 59.) David choisit lui-même celte aire comme emplacement du temple futur (Il Par., m, 1) en mémoire d'une apparition miraculeuse dont il avait été témoin en ce lieu (IPar., xxi, 15-28). Il y avait déjà construit un autel en l'honneur de Dieu, après l'avoir achetée à Oman cinquante sicles d'argent, (il Reg., XXIV.) D'après une tradition hébra'i'que, contestée d'ailleurs,
Dès lors le pieux monarque dut se renfermer dans une œuvre de préparation matérielle , qui ne finit qu'avec sa vie.
L'Écriture nous apprend qu'il remit à son fils un projet de construction et un devis parfaits, s'étendant jusqu'aux plus petits détails, comportant les plans, les coupes et les élévations, toutes choses si habilement entendues que l'écrivain sacré les qualifie de cette expression : Tracé de la main de Dieu (1).
Le projet comportait non seulement le temple et son vestibule ; il donnait aussi le plan des appartements destinés aux prêtres, des chambres particulières, celui des salles du trésor; les devis et les dessins des ustensiles sacrés , ceux des chandeliers , des tables et des autels. La quantité de métal d'or et d'argent était prévue et mise en réserve pour chacun de ces objets (2).
David put du moins en toute liberté organiser les grands services du culte.
Après un recensement général de toute la tribu sacer-
c'est au même endroit qu'Abraham avait offert à Dieu son fils Isaac. La mosquée d'Omar recouvre aujourd'hui tous ces souvenirs : les savants sont généralement d'accord sur ce point. Le Moriah est à la partie orientale de Jérusalem, entouré à l'est par le Cédron, à l'ouest par le Tyropœon, qui le sépare de la colline de Sion. Comme il était fort escarpé, et insuffisant pour recevoir les constructions que Salomon voulait élever, il fallut d abord agrandir la place, égaliser le sol, entreprendre des terrassements considérables et édifier des contreforts gigantesques. (M. de Vogué, le Temple de Jérusalem.) «Au centre de la mosquée d'Omar, dit M. Lenormant, on voit une roche abrupte que le marteau de l'architecte a religieusement respectée. C'est ce rocher informe, appelé Es-Sakhrah, qui constitue le sommet même du mont Moriah. C'était l'aire d'Arauna (Oman) achetée par David. Sur cette roche était établi l'autel des holocaustes. » {Hist. anc. de VOrient^ t. VI, p. 327.) Cf. Voyage en Terre-Sainte, par M. de Saulcy, t. II, p. 23 et 92. — M. Renan avance que « le prétendu mont de Moriah doit être écarté d'une topographie sérieuse de Jérusalem » !
(1) I Parai., xxviii, 19.
(2) I Parai., xxviii, 11-19.